Growth mindset et fixed mindset

Il y a un concept intéressant en psychologie — ou plutôt deux concepts : le growth mindset et le fixed mindset, qu’on pourrait traduire par « mentalité de croissance » et « mentalité de fixité ». Oui, c’est fou comme tout fait pitié dès qu’on traduit en français.

Pour expliquer ce que c’est, je vais traduire les mots de Carol Dweck, une des chercheuses qui a popularisé cette idée :

Les gens qui ont un fixed mindset pensent que leurs capacités élémentaires, comme l’intelligence ou le talent, sont des traits fixes. Ils en ont une certaine quantité, et puis voilà.

Du coup, leur objectif devient d’avoir tout le temps l’air intelligent et jamais l’air stupide.

Inversement, les gens qui ont un growth mindset comprennent que leurs talents et leurs capacités peuvent se développer avec des efforts. Bien souvent, ils ne pensent pas nécessairement que tout le monde est pareil ou que tout le monde peut devenir Einstein, mais ils pensent que chacun peut s’améliorer avec du travail, au moins dans certains domaines.

Tout cela semble évident, comme la musculation ou le piano par exemple. Si on s’inscrit à une salle de muscu ou à un cours de piano, on s’attend sans surprise à progresser. Mais il y a des domaines où c’est beaucoup moins consensuel. Comme par exemple — attention — les mathématiques. Beaucoup de gens ont développé un fixed mindset par rapport aux maths : « Je suis nul en maths, c’est dans ma nature d’être nul en maths, j’ai le gène de la nullité en maths. »

OK, alors bien sûr, certaines personnes partent avec des facilités en maths, mais les gens dégoûtés par les maths à l’école — c’est-à-dire la majorité de la population française — sont-ils vraiment condamnés à la nullité éternelle dans ce domaine ?

Dans une étude de 1998 (voir la description), on a donné des petits exercices à faire à deux groupes d’enfants. Dans le premier groupe, on les a ensuite félicités pour leur intelligence naturelle, et dans le deuxième groupe, on les a félicités pour les efforts qu’ils ont faits pour résoudre ces problèmes. Bon, pour abréger, je vais appeler les enfants félicités pour leur intelligence « les coqs » et les enfants félicités pour leurs efforts « les fourmis ».

On a ensuite donné de nouveaux exercices à faire aux coqs et aux fourmis. Qu’est-ce qu’il en est ressorti ? Globalement :

D’autres études montrent que le growth mindset est lié à davantage d’endurance, moins d’agressivité, une meilleure estime de soi, et moins de dépression et d’anxiété. Une étude montre même qu’une intervention encourageant le growth mindset élimine les écarts de performance entre les garçons et les filles (dans la description).

Cette notion a également été évoquée dans le livre Super Forecasting, que je suis en train de lire — un excellent livre, au passage. En gros, des concours de prédictions sont organisés chaque année, et ceux qui obtiennent les meilleurs résultats ont tendance à avoir un growth mindset.

Bref, tout cela semble suggérer que, quel que soit notre niveau de médiocrité intersidérale dans tel ou tel domaine, il est dans notre intérêt d’avoir un growth mindset — ou plutôt d’en développer un.