Les junk news et leur impact sur notre santé mentale

Imaginez un monde où la majorité des gens mangent tous les jours chez McDonald’s. Sauf que si vous leur faites remarquer que c’est pas très bon pour leur santé, ils vous disent : « Non, je ne vois pas le problème. Ce menu Mac Do contient plein de graisses et de sucres, et nous, les humains, nous avons besoin de graisse et de sucre pour fonctionner. C’est important. »

Et bien, c’est plus ou moins le monde dans lequel nous vivons, en remplaçant la nourriture par les informations servies par les médias. Ce parallèle entre nourriture et information est exploré dans le livre Black Box Thinking de Joe Jackson.

Certes, nous avons effectivement besoin de graisse et de sucre. Il nous avons également besoin de nous tenir informés, notamment lorsque des choses problématiques se passent dans la société, afin de pouvoir remédier à ces problèmes. Par ailleurs, indépendamment de tout ça, nous aimons instinctivement la graisse et le sucre, parce que blabla évolution. C’est sûr que year est un truc, et nous aimons également être avertis du danger, car cela nous donne un sentiment de contrôle et réduit d’autres incertitudes.

Mais comme les industries alimentaires sont motivées par le profit, elles sont incitées à mettre un maximum de graisses et de sucres dans leurs produits pour les rendre plus addictifs, au détriment de la santé des consommateurs. Et c’est pareil pour les médias. Le gras et le sucre médiatique, ce sont les informations choquantes, outrageantes ou anxiogènes. Tout comme certains grignotent des bonbons ou des chips tout au long de la journée, beaucoup de gens sont en permanence sous perfusion de ces junk news.

Mais la différence avec la junk food, c’est que, bon, pour la junk food, on sait que c’est mauvais pour la santé. Ce qui est limite un peu la casse. En revanche, pour les junk news, c’est comme si on était largement inconscients de leur nocivité, genre le tabac au 20e siècle. Et du coup, on sent un goinfre toute la journée sous prétexte de se tenir informé. Après tout, on ne peut pas être trop informés, n’est-ce pas ?

Sauf que, à l’ère d’Internet, des réseaux sociaux et de la carte de la tension, on a largement dépassé le cap de la scène informations qui nous pousse à nous occuper des problèmes de la société. Lorsqu’on est bombardé de junk news toute la journée, au bout d’un moment, on n’est plus capable de faire le tri et de hiérarchiser l’importance des problèmes. On est noyé dans le bruit, et on finit par devenir moins informé, comme le montrent de nombreuses études. En gros, face à des QCM sur l’état actuel du monde, on a tendance à se tromper encore plus que si on répondait complètement au hasard.

Mais est-ce vraiment un problème de penser que l’état du monde est pire qu’il ne l’est réellement ? Après tout, le but, c’est de nous pousser à agir. Non, et bien, il y a un effet d’accoutumance aux émotions suscitées par les junk news, ce qui pousse à augmenter encore et encore leur charge émotionnelle jusqu’à atteindre la saturation. Sauf que, être maximalement angoissé ou scandalisé, ça ne fait pas de nous des citoyens modèles, ultra-responsables et engagés.

Pour certains, ça peut pousser à agir de façon erratique et peu efficace, voire contre-productive. Pour d’autres, ça peut finir par induire un état d’impuissance. À force de recevoir des décharges électriques, on finit par ne même plus bouger. En se sentant perpétuellement submergé par des problèmes qui semblent insolubles, on finit par accepter passivement l’état du monde sous une forme cynique ou bien dépressive, voire à se déconnecter complètement des informations pour préserver sa santé mentale.

Alors, attention, le propos du livre n’est pas du tout de dire qu’il faut arrêter de parler des choses qui vont mal et parler uniquement de petits chats qu’on sait sur des arbres et secourus par des pompiers. Mais tout comme pour l’alimentation, tout est une question de dosage. En est-il dans le cas de la nourriture, même si tout n’est pas rose, il existe une véritable demande de nourriture plus saine de la part de certains consommateurs. Il y a un marché pour ça. Mais skt, le marché existe dans le cas des médias, et bien, c’est compliqué.

C’est compliqué parce que nous sommes encore dans cette approche un peu naïve de se tenir maximales en informer, que ce soit dans des tabloïds orduriers ou se déforme plus intellectuels, comme les tribunes d’opinion dans Le Monde ou le New York Times. Oui, c’est pas parce que c’est dans des journaux pour ses aspects plus que c’est pas des dieux que nous. Ça prend juste à des formes plus subtiles. Et cette naïveté, doublée d’une légère surestimation de notre libre arbitre, et bien, cela laisse le champ libre aux éditeurs pour organiser leurs médias de façon maximale mans addictives, vu qu’ils sont dans une guerre de l’attention sans merci avec d’autres médias, et ce, indépendamment des conséquences à long terme sur la qualité de notre information ou sur notre santé mentale ou sur la pertinence de nos engagements.

Alors, peut-être qu’il serait temps que nous avions le même genre d’exigences pour ce qu’il y a dans nos médias que pour ce qu’il y a dans nos assiettes. Peut-être que les médias devraient commencer à se justifier non pas juste de proposer du contenu qui informe, mais également des menus médiatique pour la tournure et la composition des effets bénéfiques sur le long terme pour leur audience, en termes de connaissance du monde, de santé mentale ou d’engagement.

Dans ce cadre, Joe Jackson invite notamment à augmenter la part de solutions d’analysé, c’est-à-dire du journalisme qui ne se contente pas de balancer des mauvaises nouvelles, mais suggère également des pistes de résolution de ces problèmes. Bref, si le public devient suffisamment conscient de la notion de junk news, peut-être que cela poussera certains médias à adopter un label « bénéficiant news » et à faire les changements éditoriaux nécessaires pour pouvoir se revendiquer d’un tel label.