Le rassurisme, ou l’art de minimiser les problèmes
Un truc qui marche bien en France en ce moment, c’est le rassurisme. C’est lorsqu’un expert vient sur un plateau télé pour expliquer qu’il faut arrêter de faire peur aux gens à propos d’un problème donné, qu’il faut prendre du recul, qu’il faut savoir raison garder, tout ça tout ça. Aujourd’hui, c’est surtout sur le Covid-19, mais avant c’était sur le changement climatique, ou bien encore longtemps avant, sur la dangerosité du tabac.
Une posture rhétorique
Alors, bien sûr, il y a des sujets sur lesquels la population panique effectivement plus que nécessaire, et il est légitime de vouloir la rassurer. Mais le rassurisme, c’est aussi et surtout une posture rhétorique – un peu comme le fait de parler de manière ultra-confiante, comme on l’a vu dans une précédente capsule.
Ça vous donne le rôle de quelqu’un qui a du recul, de l’expérience, qui sait garder la tête froide lorsque tout le monde court dans tous les sens en hurlant. Et du coup, comme nous sommes à moitié hypnotisés par cette posture de vétéran imperturbable et plein de recul, le rassuriste va pouvoir se contenter d’un argumentaire extrêmement faible.
Les ficelles du rassuriste
Plutôt que d’essayer de faire une analyse complète de la situation en prenant en compte un maximum d’éléments, il va par exemple :
- Dire que ce n’est pas la première fois que la Terre se réchauffe, ou que l’humanité a déjà fait face à des épidémies, et qu’il ne faut pas céder à cette hystérie collective.
- Se contenter de cherry-picker deux ou trois éléments qui semblent aller dans le sens contraire de ce qu’il appelle la « pensée dominante » sur la question.
- Citer des militants qui ont une position excessivement alarmiste et caricaturale sur la question, et en conclure qu’il est déraisonnable de s’inquiéter tout court.
- Dire qu’il faut arrêter de « faire peur aux gens », en sous-entendant que tout ce qui est susceptible de faire peur est nécessairement une sorte de technique de manipulation aux intentions suspectes.
- Dire qu’il faut arrêter de créer une « psychose collective » ou de « rendre la jeunesse dépressive », comme si toute forme d’inquiétude était nécessairement irrationnelle et injustifiée.
- Employer des expressions fracassantes comme « khmers verts » ou « dictature sanitaire ».
En bref, tout comme son cousin hyper-confiant, le rassuriste pirate les heuristiques simplistes de notre cerveau en adoptant une posture qui suggère que lui, il en a vu d’autres, il sait de quoi il parle et on ne la lui fait pas – même si son argumentaire est souvent très bancal, voire carrément fallacieux.
Alors, mes chers compatriotes, arrêtons d’avoir peur de tout, mais essayons quand même de quantifier précisément le risque.