Peut-on vacciner les gens contre le complotisme
Peut-on vacciner les gens contre le complotisme ? Bon, ce dont on va parler ici, ce n’est pas un vaccin efficace à 90 %, mais ça pourrait donner un petit boost immunitaire très appréciable.
Le sentiment de contrôle
Selon une récente publication de recherche (voir la description), notre susceptibilité aux théories du complot est influencée par notre sentiment de contrôle sur notre propre vie et sur le monde qui nous entoure. Et du coup, en ce moment, on n’est pas gâtés sur ce plan. Dans un contexte de perte de contrôle, les théories du complot sont un moyen de réduire notre sentiment d’incertitude en fournissant des explications à tout ce qui arrive.
Ce que suggère l’étude, c’est que lorsqu’on est dans un état d’esprit de promotion – c’est-à-dire lorsqu’on se focalise sur la poursuite de ses objectifs –, on est moins vulnérable aux théories du complot que lorsqu’on est dans un état d’esprit de prévention – c’est-à-dire lorsqu’on se focalise sur la protection de ce qu’on possède déjà.
Une étude avec un groupe de contrôle a montré qu’écrire à propos de ses espoirs et de ses objectifs diminue l’adhésion aux théories du complot. Et un sondage parmi les militaires en mission – donc des gens qui expérimentent beaucoup de stress et d’incertitude au quotidien – a montré que ceux qui avaient un esprit de promotion adhéraient moins aux théories du complot.
Comment renforcer son sentiment de contrôle
Bon, alors c’est bien joli tout ça, mais comment est-ce qu’on obtient le pouvoir magique du contrôle cosmique ? Il n’y a pas de solution miracle, mais les auteurs de l’étude suggèrent quelques bonnes habitudes :
- Déjà, essayer d’avoir une représentation bien claire de ce qui est en notre contrôle et de ce qui ne l’est pas, afin de pouvoir accepter ce qu’on ne contrôle pas et se focaliser sur ce qu’on peut contrôler.
- On peut également apprendre à apprécier la complexité du monde. Car oui, le monde est un horrible bordel ultra-complexe, et les théories du complot sont souvent des tentatives de simplifier ce bordel en fournissant une grande narration unificatrice. Mais on peut aussi accepter cette complexité, voire même y trouver une forme de beauté. À ce sujet, il y a une très belle vidéo de Science Étonnante (voir dans la description).
- Si on occupe un poste à responsabilité, on peut augmenter le sentiment de contrôle des gens qu’on supervise en discutant avec eux pour fixer des objectifs clairs et réalistes, surtout quand c’est le bordel tout autour.
- Enfin, on peut changer la façon dont on communique sur certains sujets. Par exemple, beaucoup de gens voient le port du masque comme une menace à leur liberté et ont une forte réaction lorsque c’est rendu obligatoire sans trop d’explications. Mais on peut justement présenter les masques comme une source de liberté et de contrôle : car cela vous donne le pouvoir d’interagir de manière plus sûre avec d’autres personnes et contribue à votre échelle à un retour plus rapide à la normale.
En résumé
Bref, nous sommes dans une période très incertaine et anxiogène, ce qui est un gros accélérateur de théories du complot. Mais on peut combattre cette tendance en regagnant un plus grand sens du contrôle et en aidant nos proches à faire de même.
Deux remarques pour finir. Déjà, si vous êtes complotiste ou qualifié de complotiste par d’autres personnes, vous ne devriez pas prendre ombrage de tout cela, puisque ça consiste à faire des trucs qui sont de toute façon positifs pour nous-mêmes – un peu comme faire 30 minutes de marche par jour. Si on croit sincèrement ce qu’on pense, il n’y a aucune raison d’éviter de faire des trucs qui sont bons pour nous.
Ensuite, cette histoire d’état d’esprit de promotion versus prévention, c’est très similaire aux nombreux travaux sur le growth mindset (voir dans la description). De manière générale, se concentrer sur ce qu’on peut changer et développer dans sa vie tend à rendre beaucoup plus heureux et épanoui que si on se concentre sur ne surtout pas perdre les deux-trois trucs qu’on a déjà.
Bon, et bien sûr, c’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire. Mais c’est une direction dans laquelle on peut pousser un peu plus chaque jour.