Taïwan et la lutte contre la désinformation
Et le pays qui subit le plus de désinformation d’origine étrangère, ce ne sont pas les États-Unis, mais Taïwan.
Une île de 23 millions d’habitants dont la Chine aimerait bien reprendre le contrôle, comme elle l’a récemment fait pour Hong Kong.
Et dans cette optique, il s’agit surtout de discréditer l’actuel parti au pouvoir, le Parti démocrate progressiste, qui défend l’indépendance de Taïwan par rapport à la Chine.
Bon, alors, vu les réactions que j’ai lorsque je parle de Taïwan, j’imagine qu’il y en a plein qui se disent : « Ouais, bon, c’est une guéguerre entre deux pays autoritaires, on s’en fout. »
Sauf que non, justement.
Taïwan est devenue l’une des démocraties les plus modernes, transparentes et participatives au monde, dont on gagnerait beaucoup à s’inspirer, notamment pour son approche proactive de la lutte contre la désinformation, dont on va parler ici.
Aujourd’hui, la plupart des pays ont une approche assez réactive face à la désinformation.
On se contente d’y répondre une fois qu’elle s’est diffusée.
Sauf que c’est généralement trop tard.
Des études du gouvernement taïwanais en partenariat avec Facebook ont montré qu’il y a une petite fenêtre d’environ une heure pour contrer une désinformation virale sur les réseaux sociaux.
Après quoi, ça devient beaucoup plus difficile.
En fait, si on ne réagit pas assez vite, certaines théories du complot finissent par devenir endémiques, un peu comme la grippe saisonnière.
Elles s’auto-régénèrent cycliquement, et et deviennent alors quasi impossibles à éliminer.
Il faut donc réagir extrêmement vite, mais pas en censurant la désinformation, ce qui est souvent contre-productif et pose plein d’autres problèmes.
Plutôt en lui passant devant.
Pour cela, il y a une collaboration entre le gouvernement, les réseaux sociaux et des citoyens bénévoles que l’on appelle les « civic hackers ».
Lorsqu’une information semble suspecte, on peut le signaler sur un site dédié où des volontaires à vérifier rapidement sa validité.
Un organisme indépendant maintient un registre en ligne des théories du complot invalidées.
Ensuite, des équipes de créateurs vous fabriquent des mèmes viraux pour contrer la désinformation en suivant le slogan « fast, fair, en fun », en gros, utiliser de l’humour, mais pas de demi-moquerie méchante qui se moque de certains groupes ou le ridiculise.
Par exemple, au début de la pandémie, il y avait une rumeur sur une pénurie de papier toilette, et pour éviter une guerre civile de la chatte PQ, comme on a pu voir en France, le premier ministre, Su Tseng-chang, 73 ans, a accepté d’apparaître dans un mème où il se trémousse les fesses avec le message « Ne vous inquiétez pas, il y a assez de PQ pour tout le monde ».
Ouais, ça, c’est un premier ministre qui donne de sa personne, présent de la graine, Jean Castex.
Et d’après Facebook, ces contre-mèmes viraux se diffusent bout plus vite que la désinformation.
Certains réseaux sociaux taïwanais, comme l’application de messagerie Lane, ont également un système intégré pour réduire la visibilité de la désinformation, et un chatbot de fact-checking.
Un autre enjeu est de contrer la désinformation avant qu’elle n’atteigne de grandes audiences des journaux télévisés, pour qu’elle ne soit pas reprise durant la période des élections.
Des journalistes taïwanais rapportent avoir pratiquement toujours vu le rectificatif avant la désinformation.
Mais il y a également des formes de désinformation avec laquelle on peut difficilement faire de l’humour.
Par exemple, peu avant les dernières élections, il y avait une rumeur virale disant que les manifestants pro-démocratie de Hong Kong payaient des gens pour assassiner des policiers.
Et une enquête en collaboration avec des réseaux internationaux de journalistes et de fact-checkers a montré que la rumeur venait des équipes de propagande du gouvernement chinois.
Et Facebook a signalé cela sous tous les partages de l’image avec une notification pour les utilisateurs ayant déjà interagi avec.
Plus généralement, Facebook s’est mis d’accord avec le gouvernement pour transmettre toutes les informations sur le micro-targeting politique : d’où ça vient, qui paye, quelle catégorie visée, et se publie.
Shining des sources de désinformation politique fait qu’elle est largement découragée à Taïwan.
Il y a également des campagnes d’éducation populaire, notamment dans les zones rurales et pour les personnes âgées, qui sont davantage vulnérables à la désinformation sur les réseaux sociaux.
Ces gens créent en appel et cooper, ouais, en gros, des trucs similaires en vidéo d’hygiène mentale avec des bonnes pratiques pour identifier les informations douteuses, mais également sur les principales stratégies de désinformation du gouvernement chinois.
Dans ses campagnes d’information, une analogie beaucoup utilisée, c’est celle du virus : si la désinformation est un virus, alors tout le monde peut l’attraper et la transmettre.
Il faut donc travailler ensemble pour l’identifier et limiter sa diffusion.
D’après Aaron Young, un étudiant de Harvard qui a fait son mémoire de fin d’étude sur le sujet, cette manière de présenter les choses dépasse le concept binaire de faits, qui nous évite la polarisation politique qui en résulte.
Et pour aller plus loin, la plateforme citoyenne VTaiwan organise des débats sur les sujets ciblés par la désinformation.
L’algorithme de cette plateforme ne cherche pas à maximiser l’indignation pour générer du clic.
Au contraire, il met en avant les points de consensus sur ces questions pour leur donner davantage de visibilité que les positions extrêmes.
Pour information, la plupart de ces mesures ont été imaginées et mises en place par Audrey Tang, une hackeuse civique devenue ministre du numérique de Taïwan en 2016.
Si le sujet vous intéresse, j’ai mis plusieurs de ses interviews et présentations dans la description.
Alors, que pensez-vous de tout ça ? Devrait-on s’inspirer de Taïwan pour lutter contre la désinformation ? N’hésitez pas à le dire en commentaire.
Et si vous trouvez cette approche digne d’intérêt, n’hésitez pas à rendre cette capsule dire Allah.