Le biais d’omission et la vaccination
Parmi les gens méfiants envers les vaccins, bon, il y a ceux qui pensent que les vaccins causent l’autisme et compagnie, mais il y a aussi ceux qui s’inquiètent juste des effets secondaires. Et effectivement, la plupart des vaccins peuvent avoir des effets secondaires – bon, sans gravité la plupart du temps : fièvre, douleurs musculaires… C’est juste le système immunitaire qui s’active. Mais dans certains cas rares, les effets secondaires peuvent être plus importants, et dans certains cas rarissimes, cela peut entraîner des séquelles graves, voire même le décès.
Le calcul risque-bénéfice
Alors bien sûr, là on a envie de dire : « oui, mais on a largement plus de chances de mourir du virus dont protège le vaccin, ou d’avoir des séquelles graves. » En passant, si vous pensez que le Covid-19 c’est juste un truc qui tue des vieux, renseignez-vous sur les séquelles de nombreux patients prétendument « guéris » (voir dans la description).
Ici, un premier souci, c’est qu’on peut avoir tendance à sous-estimer la probabilité d’attraper le virus, car cela dépend en partie de notre comportement. Un peu comme les conducteurs de voitures qui sous-estiment leur probabilité d’avoir un accident parce qu’ils conduisent bien, eux, pas comme les autres qui sont des chauffards. D’ailleurs, des études montrent que la majorité des conducteurs pensent mieux conduire que la moyenne (voir dans la description).
Le biais d’omission
Mais même si on admet qu’on a plus de chances de mourir ou d’avoir des séquelles si on ne prend pas le vaccin que si on le prend, eh bien ça ne résout pas forcément le problème. Parce que ne pas se faire vacciner, ici, c’est un peu la solution par défaut. Alors que se faire vacciner, c’est une décision proactive qu’on doit prendre et dont il faudra assumer les conséquences.
Du coup, si on a des problèmes en ne se faisant pas vacciner, c’est un peu le cours normal des choses, le destin pourrait-on dire. Le virus, si on doit l’avoir, on doit l’avoir (une attitude discutée plus en détail dans une vidéo de Monsieur Phi, voir dans la description). Alors que si on décide de se faire vacciner, là c’est notre décision, et du coup si ça se passe mal, ce sera de notre faute et on aura des regrets. C’est ce qu’on appelle le biais d’omission, ou biais en faveur de l’inaction (voir dans la description).
On le retrouve également dans le fameux dilemme du tramway : si le tramway poursuit sa course et écrase trois personnes, « ce n’est pas vraiment mon problème ». Mais si je tire le levier pour le dévier sur une voie où il n’écrasera qu’une seule personne, eh bien là ça devient ma responsabilité. C’est un peu comme si c’était moi qui avais tué cette personne en tirant le levier.
Inverser l’action et l’inaction
Mais imaginons une variante du problème où l’on inverserait les gens attachés sur les voies. Ici, par défaut, le tramway va écraser une seule personne, et si je tire le levier, il écrasera trois personnes. Bon, là clairement, personne ne va se salir les mains pour en plus empirer la situation.
Eh bien, on pourrait peut-être faire la même chose pour la vaccination. Par exemple, dans la plupart des pays, si on veut faire don de nos organes après notre mort, il faut remplir un formulaire pendant qu’on est encore vivant. Et sans surprise, peu de gens le font – biais d’omission. Mais on peut retourner la situation en considérant que tout le monde donnera ses organes après sa mort par défaut, et qu’il faut remplir un formulaire pour que ce ne soit pas le cas. Pour les gens pour qui c’est vraiment important de ne pas donner leurs organes – pour des raisons religieuses par exemple –, il leur suffit de remplir un petit formulaire. Mais pour la majorité des gens, dont le choix va être déterminé par le biais d’omission, ça fait une grosse différence.
Pour donner une idée de la puissance du bidule : en Allemagne, où il faut donner son consentement avant sa mort, on a seulement 12 % de dons d’organes, alors qu’en Autriche, où le consentement est présumé par défaut, ça monte à 99 % (voir la description). Une différence assez colossale.
Application à la vaccination
Et pour la vaccination, on pourrait imaginer un système similaire. Par exemple, on pourrait imaginer que tout le monde doive se présenter au centre de vaccination le plus proche – on est en France, on n’est plus à une formalité administrative près – et un accueil chaleureux vous offrira un café et une chocolatine pour compenser. Et une fois sur place, si jamais on ne souhaite pas se faire vacciner, il faudra remplir un formulaire de refus explicite de vaccination.
Là encore, ceux qui ne veulent vraiment pas se faire vacciner n’ont qu’à remplir un petit formulaire. Mais pour les autres, comme pour le don d’organes, ça pourrait faire une énorme différence.
Alors, que pensez-vous de tout ça ? Faudrait-il inverser l’action et l’inaction afin que le biais d’omission ne dissuade pas de se faire vacciner ? N’hésitez pas à le dire en commentaire.