La démocratie participative à Taïwan

Partout dans le monde, les partis politiques de gauche et de droite sont de plus en plus à couteaux tirés. Chaque parti considérant de plus en plus l’autre comme une menace existentielle pour l’avenir de la nation ou de la démocratie. Et avec ce climat politique, on peut avoir l’impression d’un désaccord radical et insurmontable entre les membres de ces différents groupes politiques.

Mais si c’était juste une impression, laissez-moi vous parler de ce qui se fait à Taïwan. Oui, je sais, encore Taïwan, mais ce pays est décidément très intéressant. Depuis quelques années, le gouvernement taïwanais organise des sortes de consultation citoyenne sur plein de questions, comme par exemple le statut des chauffeurs Uber.

Pour cela, il utilise l’application police, Paul Point S, rien à voir avec la police, à une application dans le fonctionnement est extrêmement simple. Pour chaque consultation, il y a une thématique générale, comme par exemple le climat, le nucléaire, le salaire minimum, les mesures sanitaires, et chaque utilisateur peut poster un ou plusieurs avis sur le sujet.

Par exemple, « il faut fermer la centrale nucléaire de Croo tignasse sur Essonne », ou « toutes les stations de métro devrait avoir du jeune hydroalcoolique », ou « il faudra augmenter le salaire minimum, mais seulement pour les boulangers qui vendent des chocolatines ». Et les autres utilisateurs peuvent réagir à cet avis avec trois boutons : « D’accord », « Pas d’accord », ou « Je passe ». Il n’y a aucune forme d’obligation.

Par exemple, on peut arriver, poster un avis, réagir à une vingtaine d’autres avis, poster un deuxième avis, et se barrer, et c’est tout. Alors, ça casse pas trois pattes à un canard. Qu’est-ce qu’il y a de révolutionnaire là-dedans ?

Déjà, il est intéressant de noter ce qu’il n’y a pas. Il n’y a pas de bouton « répondre à ». On peut poster des avis, évaluer des avis, n’est pas à répondre à d’autres avis. Comme dit Audrey Tang, ministre du numérique de Taïwan, « nous avons découvert que si on enlève le bouton répondre, les trolls s’en vont ». Les trolls prospèrent grâce au bouton répondre.

En gros, si on n’est pas d’accord avec un avis donné, on peut cliquer sur « Pas d’accord » et éventuellement poster un avis différent, mais ce qui est intéressant, c’est surtout le résultat final de ces consultations, à savoir que les gens sont très majoritairement d’accord avec la grande majorité des avis postés.

Et c’est un résultat assez contre-intuitif. D’après Audrey Tang, c’est lié au fait que les médias et les réseaux sociaux tendent à sélectionner des quatre ou cinq points sur lesquels les gens sous maximisent en désaccord et à les amplifier jusqu’à ce qu’il ait monopolisé toute l’attention disponible, pendant que, par ailleurs, est complètement inaudible ce qu’il fait cette impression de polarisation total et insurmontable de la société, et qui agit un peu comme une prophétie auto-réalisatrice.

Aux passants, mais avec l’application police, on peut mettre en avant des points d’accord qui aura été difficile à imaginer autrement. Comme dit Audrey Tang, « la plupart des gens sont d’accord avec la plupart de leurs voisins sur la plupart des choses la plupart du temps », et les politiciens peuvent à leur proposer des projets de loi qui intègrent ces points d’accord majoritaire, en laissant provisoirement de côté les quelques points de désaccord.

Ce qui permet d’avancer, pas comment ce pays qu’on appelle les États-Unis, par exemple, où chaque partie dépense pratiquement toute son énergie à bloquer toute réforme qui vient de l’autre partie. En passant, en termes purement politiques, Taïwan n’est pas vraiment au moins polarisé que les États-Unis.

Il y a le Kuomintang, l’équivalent du parti républicain, et le Parti démocrate progressiste, l’équivalent du parti démocrate, et ses deux parties se détestent cordialement, notamment parce que le premier est favorable au rapprochement avec la Chine, alors que le second est favorables à l’émancipation de Taïwan.

Mais malgré ce paysage politique qui est aujourd’hui la norme un peu près partout dans le monde, il est possible de faire ressortir de nombreux points d’accord insoupçonnées, pour peu qu’on choisisse le bon support d’expression démocratique, comme par exemple l’application police.