La dictature sanitaire et la question du pouvoir

Apres presque un an de pandémie, si on regarde ce que font les divers pays, en gros, il y a deux manieres de gérer la situation.

Il y a l’approche qu’on pourrait appeler proactive, pratiquée par quelques rares pays, essentiellement asiatiques, qui consiste à éteindre le plus rapidement possible tout nouveau départ de feu épidémique en y mettant les moyens nécessaires, ce qui permet d’éviter des restrictions massives du genre confinement généralisé à répétition, tout en gardant un nombre de morts et de contaminations tres faible.

Et il y a l’approche qu’on va appeler réactive, pratiquée par la majorité des pays, qui consiste à laisser le virus se diffuser de façon plus ou moins négligente, puis, à chaque fois qu’on réalise que les hôpitaux vont bientôt être débordés, on se dit : « Oulala, attention ! Vite, vite, il faut mettre de nouvelles restrictions ! » Une approche assez molle, donc, qui conduit au final à beaucoup plus de restrictions et beaucoup plus de morts. Et plus récemment, à de grosses émeutes anti-couvre-feu (voir dans la description).

Bon, ça fait presque un an que je vous casse les pieds avec l’approche proactive. Mais à ce stade, je commençais à me dire que malheureusement, la France ne semble pas pouvoir ou vouloir faire mieux que l’approche réactive et ne semble avoir aucun plan pour changer de « stratégie », à court, moyen ou long terme. Et ma foi, j’en suis tres déçu. Peut-être qu’en 2030 ou en 2050, la France et ses voisins européens sauront gérer correctement une épidémie de type Covid-19. Mais en attendant, il faut prendre acte de ce retard civilisationnel.

Cela dit, il y a beaucoup de gens qui ne veulent ni de l’approche proactive ni de l’approche réactive. Ce qu’ils veulent, c’est arrêter tout ça et retourner à leur vie d’avant. Ils sont de plus en plus en colere contre ce qu’ils appellent la « dictature sanitaire. » Et c’est compréhensible d’être en colere – pour les gens qui travaillent dans la restauration, par exemple, qui risquent de perdre leur emploi si ce n’est pas déjà fait.

Mais une question qu’on peut se poser, c’est : si vous étiez le gouvernement français, que feriez-vous ?

Pour illustrer cela, je vais prendre l’exemple des partis d’extrême droite. Bon, là il y a quelqu’un qui va commencer à écrire un commentaire : « Hé, Vlanx, pourquoi tu parles toujours de l’extrême droite et pas de l’extrême gauche ? » Pour le coup, c’est vraiment juste pour illustrer. Il se trouve qu’il y a beaucoup de pays qui ont un gros parti d’opposition d’extrême droite, et il y a également beaucoup de pays avec un parti d’extrême droite au pouvoir – ce qui va être important pour la suite. Et je n’ai pas vraiment d’équivalent version extrême gauche ou écolo. Fin de la parenthese.

Et donc, dans la plupart des pays qui ont un parti d’opposition d’extrême droite, ce parti va être l’un des premiers à dénoncer la « dictature sanitaire » et à dire que c’est insensé d’imposer toutes ces restrictions, voire que c’est un coup d’Etat qui ne dit pas son nom, voire même qu’il faudrait faire un vrai coup d’Etat contre ce « coup d’Etat sanitaire » pour rétablir la « vraie démocratie. »

Du coup, on peut se demander : qu’est-ce que ferait ce parti s’il était au pouvoir ? Eh bien, pour s’en faire une petite idée, on peut regarder du côté des pays qui ont déjà un parti d’extrême droite au pouvoir, comme par exemple la Pologne ou la Hongrie. Et ces pays font le même genre de restrictions sanitaires qu’en France (voir dans la description). En fait, pour la Hongrie, ça va même beaucoup plus loin. En gros, si on parle de « dictature sanitaire » en France, pour la Hongrie, il faudrait parler de méga-dictature sanitaire de l’espace mutante.

On pourrait avoir envie de citer en contre-exemple les présidents Trump et Bolsonaro, aux Etats-Unis et au Brésil, qui n’ont jamais été trop chauds pour les restrictions sanitaires. Mais les Etats-Unis et le Brésil sont des Etats fédéraux : en gros, ce sont surtout les Etats de ces Etats fédéraux qui vont décider des restrictions sanitaires. Et aux Etats-Unis, même dans les Etats bien, bien républicains, des qu’ils commencent à se dire que les hôpitaux vont bientôt être débordés, ils prennent eux aussi des mesures de restriction.

Bref, face à tout cela, il semblerait que lorsqu’on est dans l’opposition politique – ou du moins lorsqu’on n’est pas la personne qui doit décider d’éventuelles restrictions – on peut monter sur ses grands chevaux, bomber le torse, et dénoncer la « dictature sanitaire. » Par contre, lorsqu’on est au pouvoir et qu’on doit décider… eh bien, voilà, on ne peut plus vraiment prendre ce genre de posture.

Bon, à la limite, on peut procrastiner et attendre jusqu’à ce que les hôpitaux soient vraiment à deux doigts d’être débordés – et de nombreux gouvernements ne s’en privent pas, malheureusement. Mais une fois qu’on est au pied du mur, en gros, on a le choix entre :

  1. Mettre en place des restrictions et se faire traiter d’affreux dictateur sanitaire.
  2. Laisser les hôpitaux être débordés et se faire traiter d’irresponsable et d’incompétent qui aurait dû agir pour empêcher ça mais ne l’a pas fait.

Ce qui semble encore pire. En tout cas, à ce jour, je n’ai pas d’exemple d’Etat qui a laissé les hôpitaux être débordés sans prendre aucune mesure.

Du coup, si on est du genre à dénoncer la « dictature sanitaire », il est intéressant de se demander : qu’est-ce qu’on ferait si on était au pouvoir et que les hôpitaux étaient à deux doigts d’être débordés ? Est-ce qu’on tiendrait vraiment à ne prendre la moindre mesure supplémentaire ? Et lorsqu’on est au pouvoir, il ne suffit pas d’aller chercher deux ou trois études suggérant que les hôpitaux ne vont pas être débordés ou que le virus n’est pas si mortel que ça. Non, là, l’enjeu est réel, et il faudra assumer les conséquences de nos décisions. Du coup, on a intérêt à prendre en compte toutes les données disponibles, et pas juste celles qui nous plaisent, vu qu’on y joue sa carriere politique, voire davantage.

On peut reprocher à la plupart des gouvernements de ne pas avoir choisi l’approche proactive. Mais à partir du moment où on ne veut pas de l’approche proactive – parce qu’on juge ça trop liberticide, machin, tout ça – eh bien il faut assumer le fait qu’à un moment donné, on aura le choix entre prendre des mesures de restrictions sanitaires drastiques et impopulaires, ou bien laisser les hôpitaux être débordés sans rien faire de plus et se faire traiter d’irresponsable.

Bien sûr, dans une telle situation, on pourrait prendre des mesures différentes, des mesures plus intelligentes, plus efficaces. Ça, oui, on peut en discuter. Mais si on prétend qu’il suffirait d’abolir la « dictature sanitaire » et de simplement se débarrasser de 90 % de ces mesures, eh bien là, il peut être utile de descendre de son grand cheval, puis de le revendre, puis d’acheter un plus petit cheval, et de prendre quelques minutes pour se demander tres sérieusement : si j’étais au pouvoir, est-ce que c’est vraiment ça que je ferais ?

Alors, que pensez-vous de tout ça ? N’hésitez pas à le dire en commentaire.