La perte de repères et le vide existentiel

Une expression qui revient souvent sous la plume de commentateurs politiques, c’est : « La société actuelle est en perte de reperes. » En gros, avant, les gens avaient une idée à peu pres claire de ce que devait être leur vie : service militaire, mariage, religion, enfants, propriété, nation, héritage. Et aujourd’hui, il ne nous resterait plus qu’une fuite en avant consumériste, avec option antidépresseurs.

Et c’est pas entierement faux, dans le sens où beaucoup de gens essayent effectivement de combler une sorte de vide existentiel par une frénésie consumériste ou par des comportements assez superficiels du même genre. Ce qui n’est pas tres efficace pour combler le vide existentiel en question, et ça peut parfois mener à des formes de dépression. Et c’est pas pour se moquer, hein : nous avons tous déjà eu des comportements de ce genre de maniere plus ou moins répétée.

Cela dit, il ne faudrait pas non plus idéaliser une société passée avec des reperes bien précis, dont on ne verrait que la version « propagande soviétique » où tout va bien et où tout marche comme il faut. On ne voit pas forcément toutes les rancoeurs, toutes les frustrations, toutes les souffrances qu’il peut y avoir derriere.

Cela dit, lorsqu’on regarde la situation actuelle, on pourrait être tenté de se dire : est-ce qu’il ne faudrait pas quand même remettre quelques reperes dans tout ça ? Eh bien, il ne me semble pas que ce soit la bonne solution, dans le sens où ça ne résout pas vraiment le probleme du vide existentiel. Ça consiste plutôt à nous occuper suffisamment pour qu’on n’ait pas trop l’occasion d’y penser.

D’ailleurs, tres souvent, quand on appelle à un retour à des « reperes traditionnels », on se dit surtout que c’est pour les autres – le peuple, la populace, la masse informe et désorientée qui a besoin d’être guidée d’une main ferme. Mais est-ce qu’on aimerait que la société nous impose des reperes ? Bien sûr, si on imagine des reperes qui correspondent parfaitement à nos valeurs, on peut être tenté de dire oui. Sauf que ce ne sera pas forcément le cas en pratique. Et se faire imposer des injonctions de mode de vie contre sa volonté, ça peut être extrêmement oppressant – ce qu’on peut avoir un peu tendance à oublier lorsqu’on n’a pas vécu dans une société à l’ancienne. D’ailleurs, les injonctions de ce type sont encore tres loin d’avoir disparu.

Bon, tres bien, mais que faire du coup ? Eh bien, plutôt qu’attendre que la société nous donne un mode d’emploi de la vie correcte, il me semble plus intéressant de réfléchir à nos objectifs de vie, de trouver une cause à laquelle on souhaite se consacrer, de s’investir… Tout ça, tout ça. Notez que ce ne sont pas obligatoirement des trucs de jeunes entrepreneurs dynamiques : on peut s’investir dans des mouvements politiques, par exemple. J’ai résumé ma modeste bouillie philosophique à ce sujet dans une autre capsule (voir dans la description).

Mais surtout, plutôt que de chercher à imposer une série de reperes au reste de la société, est-ce qu’il ne serait pas préférable d’inviter les autres à davantage réfléchir aux objectifs qu’ils souhaitent poursuivre ? Ça semble évident dit comme ça, mais il me semble qu’on ne passe pas suffisamment de temps à y réfléchir, globalement.

Du coup, la prochaine fois qu’on sera tenté de fuir notre vide existentiel dans des achats compulsifs, dans la nourriture, dans l’alcool ou dans le scrolling sur Facebook, eh bien il peut être utile de prendre une petite heure pour réfléchir à nos objectifs. Réfléchir à ses objectifs : challenge accepté ?

Alors, que pensez-vous de tout ça ? N’hésitez pas à le dire en commentaire.