L’adaptation hédonique
À votre avis, qui est le plus heureux : quelqu’un qui a gagné au loto, ou quelqu’un qui se retrouve paralysé suite à un grave accident de voiture ? Bah, la personne qui a gagné au loto, c’est évident.
Eh bien, c’est vrai. Mais seulement à court terme. Dans une célèbre étude de psychologie (lien dans la description), on a comparé le niveau de bonheur d’un groupe de gagnants du loto et d’un groupe de personnes paralysées suite à un accident. Et quelques mois après l’événement, leur niveau de bonheur moyen était devenu plus ou moins équivalent.
C’est ce qu’on appelle l’adaptation hédonique. En gros, c’est un peu comme l’accoutumance à une drogue : au bout d’un moment, prendre les mêmes doses fait de moins en moins d’effet, voire plus du tout d’effet.
L’inflation du style de vie
Une conséquence malheureuse de cela, entre autres, c’est ce qu’on appelle l’inflation du style de vie. Par exemple, si on habite dans un appartement de taille moyenne, on peut se dire qu’on serait plus heureux dans un appartement trois fois plus grand (et avec un loyer trois fois plus élevé, du coup). Et ce sera sans doute vrai durant les premiers mois. Mais une fois qu’on se sera adapté hédoniquement, on n’en tirera pas beaucoup plus de plaisir que de notre ancien appart. Sauf qu’il faut à présent payer un loyer trois fois plus élevé, et donc potentiellement devoir faire des heures sup au boulot jusqu’à tard le soir, pour financer ce nouveau train de vie beaucoup plus coûteux.
Et tout cela peut sembler assez déprimant. Est-ce que ça ne rend pas toute quête de bonheur vaine et futile ? Eh bien, pas exactement.
Quels objectifs poursuivre
Bon, là, je vais mentionner plusieurs études (les références sont dans la description). Déjà, ça dépend de la manière dont on poursuit le bonheur.
En gros, tout ce qui relève de la quête de statut social (grosses voitures, grande maison, montres de luxe), eh bien tout cela semble particulièrement peu résistant à l’adaptation hédonique.
Mais une étude suggère que lorsqu’on poursuit des objectifs qui n’impliquent pas de comparaison sociale – autrement dit, des objectifs auxquels on trouve de la valeur pour eux-mêmes –, eh bien l’augmentation de bonheur est beaucoup plus durable. Par exemple, le développement d’un talent particulier, ou un projet personnel.
Une autre étude suggère que le bonheur dit « eudémonique », c’est-à-dire le bonheur que procurent les activités dans lesquelles on trouve du sens, eh bien ce type de bonheur-là est également beaucoup plus résistant à l’adaptation hédonique.
Donc, plutôt que de courir après le statut ou la reconnaissance sociale, il semble préférable (d’un point de vue purement hédoniste) de réfléchir à des activités ou à des projets dans lesquels on trouvera du sens.
La sagesse incel (sortie de son contexte)
Mais au-delà du choix de nos objectifs, il y a également la manière dont on apprécie notre vie quotidienne.
Pour illustrer cela, prenons un groupe de personnes extrêmement douées pour résister à l’adaptation hédonique, mais pas dans le bon sens : les incels. Ces hommes qui souhaiteraient être en couple mais n’y parviennent pas, et qui rejoignent des communautés internet bizarres qui les transforment en dépressifs suicidaires ou en meurtriers de masse.
Bon, a priori, ne pas arriver à se mettre en couple, ça semble moins pire que de se retrouver paralysé suite à un accident de voiture. Mais contrairement aux personnes paralysées dont on a parlé plus haut, les incels résistent à l’adaptation hédonique et parviennent même à empirer leur malheur subjectif. Comment donc ? Eh bien, en fréquentant des communautés internet qui vont les amener à focaliser sur leurs problèmes, à les ressasser toute la journée, à les dramatiser à l’extrême, à se convaincre qu’ils ne pourront jamais être heureux à cause de ça. Et ça fonctionne.
Mais du coup, ne pourrait-on pas s’inspirer de la sagesse incel (ne sortez pas cette phrase de son contexte) pour résister à l’adaptation hédonique dans l’autre sens, celle qui tend à annuler nos gains de bonheur ?
La gratitude
Eh bien, c’est ce que semblent montrer les études sur la gratitude. Bon, le mot est assez mal choisi, car la plupart du temps quand on parle de gratitude, il s’agit de gratitude envers quelqu’un. Là, c’est plutôt de l’appréciation active des petits plaisirs de la vie, des choses qu’on a de bon.
Dans une étude, on a demandé à des participants de tenir un journal quotidien sur divers trucs : les trucs qu’ils apprécient, les trucs qui les énervent, les raisons pour lesquelles ils sont meilleurs que les autres. Et les personnes qui tenaient un « journal de gratitude » (autrement dit, un journal sur les trucs qu’elles apprécient au quotidien), eh bien ces personnes finissaient avec le niveau de bonheur le plus élevé.
Une autre étude suggère que face à un changement positif dans notre vie, on peut ralentir l’adaptation hédonique si on apprécie consciemment et continûment ce changement, ce qui est également une forme de gratitude.
Du coup, par exemple, si vous n’aviez pas écouté mes conseils en début de vidéo et que vous avez acheté une grosse voiture pour vous la péter, eh bien cela fait de vous une personne horrible et superficielle. Mais tant qu’à faire, prenez bien le temps d’apprécier jour après jour votre grosse voiture, afin de ne pas vous y adapter hédoniquement et commencer à la prendre pour acquise. Un accident est si vite arrivé.
Alors, que pensez-vous de tout ça ? N’hésitez pas à le dire en commentaire.