Le mode soldat et le mode éclaireur

J’ai récemment lu le livre The Scout Mindset par Julia Galef, qui vient de sortir, et je ne sais pas trop par où commencer, vu que j’ai déjà beaucoup dit le contenu de ce livre directement ou indirectement. Mais on va reprendre de zéro.

Julia Galef est une personne qui, pendant plusieurs années, a organisé des formations autour de l’esprit critique, des biais cognitifs, tout ça, tout ça. Et derrière cela, il y avait l’idée que si on renseigne les gens sur le fonctionnement de leur cerveau, ils doivent redon capable de mieux raisonner. Mais après plusieurs années, Julia Galef s’est aperçu que c’était bien plus compliqué que ça.

En gros, ce qui fait qu’on raisonne souvent mal, ce n’est pas tellement notre ignorance sur le fonctionnement du cerveau humain ou une mauvaise maîtrise de la turbo logique aristotélicienne. Non, c’est surtout que très souvent, nous n’avons pas vraiment de motivation à bien raisonner. Et inversement, nous avons de très nombreuses motivations à mal raisonner. C’est ce qu’on appelle le réseau demande motivée : en gros, quand on sait déjà quelle conclusion on veut obtenir et qu’on mobilise notre intelligence pour bricoler un raisonnement qui mène à cette conclusion, tout en rejetant le plus vite possible les conclusions alternatives.

À ce qu’on a très souvent tendance à faire dès que ça parle de politique, et plus généralement sur toutes sortes de sujets, pour la raison comme l’appellation de viennoiseries fourrées au chocolat, Julia Galef appelle cela le soldier mindset, la mentalité de soldats. Et ça se ressent jusque dans la manière dont on parle des débats : on défend sa position, on attaque la position adverse, on confronte des arguments, on concède des points, on gagne ou on perd le débat. Tout cela sonne vachement militaires.

Et à cela, Julia Galef oppose le scout mindset. Rien à voir avec les boys 4-1, ici. Ce cas où tu pourras être traduit par éclaireur, parce que, pour continuer dans les métaphores militaires, à tant qu’à faire, un côté des soldats, il y a également des éclaireurs qui essayent de cartographier le champ de bataille, un par exemple, savoir si le pont de la rivière bidule a été détruit ou pas. Ça a peut servir. Et le but de l’éclaireur est d’être le plus précis possible dans sa cartographie de la réalité, même si ça le rend très triste que le pont de la rivière bidule a été détruit.

Bon, là, certains ont envie de dire : « Mais pourquoi vrai ton adopté ce cas où tu mènes cette espèce de bisounours cocu nourris au soja ? » Note at on pas dit que vu quand il est bien. De façon intéressante, la thèse du livre n’est pas de dire que le mode éclaireurs est préférable en toutes circonstances. Plus modestement, la thèse du livre est que très souvent, nous surestimons les bénéfices qu’il y a à être en mode soldats, tout en sous-estimant les dommages collatéraux que cela entraîne.

Autrement dit, il ne s’agit pas de faire appel à notre amour de la vérité ou à notre sens citoyen, mais plutôt de nous convaincre qu’il serait dans notre intérêt, et bien entendu dans l’intérêt de la société, d’être beaucoup plus souvent en mode éclaireurs.

Alors, le livre est en cinq parties. La première partie présente le mode soldats et le mode éclaireurs et explique pourquoi le mode soldats est notre mode de fonctionnement par défaut et les bénéfices qu’on peut y trouver. Puis, elle explique pourquoi on gagnerait à être beaucoup plus souvent en mode éclaireurs.

La deuxième partie explique comment détecter des signes que nous sommes en mode soldats et propose des techniques pour clarifier notre jugement et identifier notre niveau d’incertitude. La troisième partie explique comment on peut prospérer sans être constamment en mode soldats, comment accepter la dure réalité sans se mentir à soi-même, sans pour autant devenir cynique ou malheureux, comment se motiver sans s’auto bullshit, et contrairement à ce que suggère de nombreuses approches de développement personnel, ouais, pas besoin de vous répéter que vous êtes un winner deux fois par jour.

Et enfin, comment inspirer la confiance sans faire preuve d’excès de confiance. Par exemple, saviez-vous qu’il aux mosquées Jack Bezouce ont toujours pensé que leur entreprise avait moins de 30% de chances de réussir ? Et plus surprenant encore, qu’ils ont toujours dit très publiquement, y compris devant de potentiels investisseurs.

La quatrième partie parle de l’art de changer d’avis, déjà en dépassant le stigmate qui lie à avoir corps, puis en embrassant la confusion mentale que provoquent de nombreuses questions complexes, et enfin en échappant à notre chambre d’écho idéologique. Ce qui ne consiste pas à regarder Fox News si vous êtes de gauche, par exemple. Ça, ça va juste vous mettre encore plus en mode soldats. Non, foulé vous est plus subtile.

Enfin, la cinquième partie aborde la notion d’identité, qui est au cœur du mode soldats, comment nos opinions se transforment peu à peu en identité, qu’on en ait conscience ou non, les bénéfices qu’il y a à garder une identité allégée, et la perspective de créer une identité d’éclaireurs avec une communauté qui nous encouragent dans cette direction.

Bon, alors, vous remarquerez que je n’ai pas trop spoiler le contenu de ces parties. Il faudrait plusieurs vidéos pour cela. Mais si ça vous intéresse, j’ai déjà fait une série de capsules qui reprend plusieurs idées du livre, à partir des conférences que faisait Julia Galef avant d’écrire son livre. Voir dans la description. Mais bien sûr, ce n’est qu’une petite partie de ce qu’on peut trouver dans le livre.

Le livre est disponible en version papier, ebook, et en livre audio lu par l’autrice. J’ai mis les liens dans la description. Bon, par contre, c’est uniquement en anglais. Pardon aux familles, tout ça. Mais j’espère que ça donnera envie à certains d’entre vous de lire ou d’écouter ce livre.

Voilà, gros bisous.