La vie est-elle un combat ?

Tous les jours, il y a des gens qui parlent de trucs qui ne vont pas très bien dans le monde : pauvreté, injustice, inégalités, discrimination, burn-out au travail. Et face à cela, certains rétorquent : « Ah bah oui, mais ne visitant combat en combat permanent. Mon grand-père a travaillé 25 heures par jour à la mine de charbon, il avait juste une Renault 4, et il ne se connaît pas lui. » Ou alternativement : « Moi, j’ai bossé comme un dingue pour devenir trader à Wall Street, et j’ai cinq résidences secondaires. Au lieu de jouer de la guitare, écoutant de la musique, du produit, je me suis battu pour arriver là où j’en suis. »

Mais qu’est-ce qu’il y a derrière cette formule : « La vie est un combat » ? Est-ce que c’est une description de l’état du monde, genre « OK, on vit dans une société compétitive où les gens compétitionnent pour plein de trucs » ? Ou bien est-ce que c’est une prescription sur comment le monde devrait être, genre « C’est bien que la vie soit compétitive, c’est à travers la compétition acharnée que l’homme révèle son plein potentiel, c’est ce combat quotidien qui donne son sens à la vie » ?

En fait, la plupart du temps, j’ai l’impression que c’est ni l’un ni l’autre. C’est plutôt quelque chose comme : « OK, j’en ai bavé jusque-là, je me suis bien fait visiter par cette vaste première année de médecine qu’est la vie, donc il n’y a pas de raison que les autres se fasse pas aussi bizuté à leur tour. » Ce qui ressemble un peu au syndrome de Stockholm, où des otages finissent par adorer le ravisseur.

Mais si c’était dit de manière aussi explicite : « J’en ai chié, donc vous devez en chier aussi », eh bien ça semblerait soudain très discutable niveau arguments. En revanche, si ce raisonnement implicite est caché derrière une punchline trop stylée comme « La vie est un combat », et tout d’un coup, ça passe, parce que nous avons tendance à nous laisser hypnotiser par les formules trop stylées, de la mort qui tue, que l’on pourrait se faire tatouer sur la jambe droite.

Oui, un humain, tu lui balances une formule trop stylée, et paf, ça y est, des mots vers de l’esprit critique. Sauf que non. Quand on dit « La vie est un combat », c’est soit un constat neutre sans valeur prescriptive, soit une apologie du darwinisme social. Mais il y a quand même assez peu de gens qui défendent pleinement cette idéologie, soit l’idée que vous devez en chier parce que moi, j’en ai chié aussi.

Et dans tous les cas, on gagnerait à ne pas s’arrêter à une formule qui claque comme « Les visiteurs qui bossent » et à chercher à analyser ce qu’elles signifient plus précisément.