Externaliser la voix de la procrastination

Nous expérimentons tous la procrastination à divers degrés. Par exemple, quand on a vaguement conscience qu’on doit faire un truc précis, mais qu’on ressent en même temps une irrépressible envie d’aller checker Facebook, puis dix minutes plus tard, on se réveille d’un mini-coma au beau milieu d’une playlist de remixes K-pop à base de miaulements de chats.

Alors, l’approche classique face à ça, c’est ce qu’on pourrait appeler la volonté brute. En gros, pousser un grand cri de guerrier viking, puis accomplir la tâche en question avec rage et sueur. Et c’est une approche qui convient à certaines personnes. Mais pour beaucoup, cette approche est rapidement épuisante, et l’anticipation de cet épuisement peut pousser à procrastiner encore plus.

Et donc ici, je voudrais suggérer une autre approche, librement inspirée de mes lectures sur les thérapies cognitives, qui consiste à externaliser la voix de la procrastination.

Par exemple, si je sais au fond de mon petit coeur que je dois remplir ma déclaration d’impôts, mais que le simple fait d’y penser me donne furieusement envie d’aller sur Facebook, eh bien, je peux dire à voix haute :

« Remplir ma feuille d’impôts ? Je ne peux pas faire ça, parce que pour cela, il faudrait que je retrouve ma dernière feuille de salaire. Et je ne peux pas faire ça, parce que pour cela, il faudrait que j’aille chercher le dossier qui contient les feuilles de salaire. Et je ne peux pas faire ça, parce que pour cela, il faudrait que je me déplace jusqu’à mon placard, qui se trouve à trois mètres de moi. C’est absolument impossible. C’est interdit par les lois de la physique. »

Bon, et là, du coup, on peut se déplacer jusqu’à son placard et avancer.

Autrement dit, il s’agit d’allonger son procrastinateur intérieur sur un divan et de le faire parler, jusqu’à ce qu’il dise, en gros, qu’il ne peut pas faire la tâche redoutée parce que ça impliquerait ultimement de commencer par faire une première action ultra simple et bien précise — comme se déplacer jusqu’à son placard. Ce qui, bien entendu, semble absurde, et donc on peut le faire.

Bon, là, j’ai pris un exemple très simple, mais cela s’applique également à des tâches plus complexes, vu que toute tâche commence par une première action ultra simple, et qu’une fois qu’on a effectué cette action ultra simple, le reste de la tâche commence également par une autre action ultra simple, et ainsi de suite.

Mais ce qui pousse à procrastiner, ce n’est pas tant l’effort que représente cette succession d’actions ultra simples — bon, sauf si on est vraiment très très fatigué, auquel cas il vaut peut-être mieux aller dormir ou faire une sieste pour repartir sur de bonnes bases. Non, ce qui pousse à procrastiner, c’est plutôt l’illusion subconsciente qu’il faudrait accomplir la tâche d’un seul coup, qu’il faudrait avaler une citrouille géante en une seule bouchée, alors qu’on peut manger cette citrouille géante un morceau à la fois. C’est même la seule façon d’y parvenir, en fait.

Et en faisant parler la voix de la procrastination, en la poussant gentiment jusqu’à sa conclusion absurde, eh bien, on dissipe ce vague sentiment de tâche insurmontable, qui est très souvent une illusion.

Bon, par contre, ne faites pas cet exercice à voix haute si vous n’êtes pas seul : les gens autour de vous risqueraient de trouver ça bizarre. Et en passant, pour les tâches complexes, il est souvent préférable de faire cet exercice par écrit, dans un fichier texte.

Alors, que pensez-vous de tout ça ? N’hésitez pas à procrastiner sur vos tâches administratives urgentes pour le dire en commentaire.