Élevage traditionnel ou intensif ?
Il y a régulièrement des débats sur la souffrance animale dans le cadre des élevages intensifs, qui, soyons honnêtes, sont un peu des camps de concentration pour animaux, on va dire. Où on n’enverrait pas son chien pour y faire une thalassothérapie.
D’ailleurs, s’il s’agissait d’animaux domestiques, ce serait probablement sous le coup des lois contre la maltraitance animale.
Bref, alors il y a deux grandes pistes qui sont généralement proposées pour sortir de cette situation éthiquement discutable :
- La première serait de réduire partiellement ou totalement notre consommation de viande par choix personnel, par exemple.
- La deuxième serait de développer l’agriculture cellulaire pour produire de la viande sans infliger une existence merdique à des milliards d’animaux. Voir lien dans la description.
Mais dans ce genre de débats, il y a très souvent un intervenant qui va dire qu’on n’a pas besoin d’aller vers ces solutions un peu extrêmes et effrayantes, et qu’il suffirait juste de revenir à un élevage plus traditionnel.
Ouais, en gros, des animaux élevés en plein air et avec suffisamment d’espace.
Et oui, c’est sûr qu’on peut élever des animaux dans des conditions significativement moins merdiques que celle de l’élevage intensif.
Mais le souci, lorsqu’on atteint le point « élevage traditionnel », c’est qu’on ne semble pas bien mesurer ce que cela impliquerait de revenir massivement à un élevage traditionnel.
Aujourd’hui, la plupart des gens en mangent de la viande à pratiquement tous les repas. Mais c’est une évolution très récente des habitudes alimentaires.
Dans un passé pas si lointain, si on voulait manger de la viande tous les jours, il fallait être relativement aisé financièrement, et la plupart des gens ne mangeaient de la viande que de façon occasionnelle.
Si aujourd’hui on peut manger de la viande à chaque repas pour un prix très abordable, et bien cela est rendu possible par l’élevage intensif.
Pour donner une idée, en France en 2003 :
- 96% des porcs
- 84% des volailles
étaient élevés dans des élevages intensifs.
Et si on repassait à de l’élevage plus traditionnel, et bien on produirait beaucoup moins de viande, et elle serait beaucoup plus chère.
Et du coup, ben on en mangerait moins, ce qui revient concrètement à suivre la première piste, celle de la réduction de la consommation de viande.
Et parmi des gens qui prônent le retour à un élevage traditionnel, y’en a qui sont conscients de cela, et ils l’assument pleinement : oui, revenir à de l’élevage traditionnel voudra dire moins de viande et de la viande plus chère.
Mais il y en a aussi beaucoup qui sortent la carte « élevage traditionnel » pour, et bien, pour noyer le poisson, en gros. Genre : « Ouais, c’est inquiétant, il suffit de revenir de l’élevage traditionnel, et on pourra continuer nos vies normalement. »
Sauf que non.
Remplacer tout l’élevage intensif actuel par de l’élevage traditionnel, concrètement, pour la plupart des gens, ça reviendrait à adopter un régime que l’on qualifierait aujourd’hui de flexitarien : manger de la viande juste un peu de temps en temps, mais pas tous les jours.
Et le souci, c’est que si on n’est pas prêt à assumer cette réduction massive de consommation de viande, et bien l’élevage traditionnel, ça restera surtout une sorte de pancarte que l’on agite pour dissimuler la partie immergée de l’iceberg, qui est l’élevage intensif.
Et du coup, en pratique, rien ne va vraiment changer.
En pratique, on va continuer à vaguement stigmatiser les personnes végétariennes, ces gens bizarres qui sont probablement dans la secte, tout ça, tout seul.
Et en parallèle, on va continuer à freiner des quatre fers vis-à-vis de l’agriculture cellulaire, en mode : « Non, il veut pas de ça chez nous, défendons notre terroir et nos traditions ! »
Sauf que pour le coup, si on voulait vraiment être dans la tradition, et pas juste faire du terroir washing de l’élevage intensif, et bien il faudrait manger beaucoup moins de viande qu’aujourd’hui.
Bref, faut savoir ce qu’on veut.
Alors, que pensez-vous de tout ça ? N’hésitez pas à le dire en commentaire.