Quelle attitude avoir face au complotisme

Quelle attitude avoir face au complotisme ? Eh bien, il se trouve qu’il y a des gens qui font des recherches là-dessus. Il y a notamment le COMPACT, un réseau de 150 chercheurs qui étudient les théories du complot, et ils ont récemment sorti un rapport sur les bonnes pratiques à avoir face aux théories du complot (voir dans la description), que ce soit pour les prévenir, les contenir ou les démystifier, en citant de nombreux travaux de recherche pour appuyer leurs recommandations.

Au moment où je termine ce script, la chaîne Patchwork vient de sortir une vidéo plus longue et plus détaillée sur le même sujet, que je vous invite à regarder (voir lien dans la description). Mais je vais quand même enregistrer mon script en papier recyclé. Bon, du coup, voici la version compacte des recommandations du COMPACT.

1. Contenir la propagation des théories du complot

Une étude a montré que des utilisateurs Facebook avaient moins tendance à partager une publication climatosceptique si on les encourageait à se poser les quatre questions suivantes :

  1. Est-ce que je connais l’organisme de presse qui a posté la publication ?
  2. L’information contenue dans la publication semble-t-elle crédible ?
  3. La publication est-elle rédigée dans un style digne d’un organe d’information professionnel ?
  4. La publication est-elle motivée par des intérêts politiques ?

On peut donc limiter la diffusion de la mésinformation en invitant les internautes à se poser certaines questions.

2. L’inoculation

C’est-à-dire intervenir avant que les gens ne soient exposés à une certaine théorie du complot – aussi connu sous le nom de prebunking. Dans une étude, des chercheurs ont averti plusieurs personnes sur une théorie du complot anti-vaccins à laquelle elles n’avaient pas encore été exposées, en réfutant préventivement les arguments de cette théorie. Et l’étude montre que ces personnes n’étaient ensuite pas affectées par cette théorie du complot. En revanche, si elles étaient d’abord exposées à la théorie du complot, sa réfutation était alors moins efficace.

Donc mieux vaut prévenir que guérir. Attention toutefois à ne pas faire découvrir des théories du complot à une audience qui n’y aurait pas été exposée autrement, ce qui pourrait être contre-productif.

3. La réfutation après coup

Le fameux debunking. Bon, là, pas grand-chose à dire sinon que ça fonctionne partiellement. Il peut notamment être utile de mettre en évidence les techniques trompeuses employées par les conspirationnistes.

En ce qui concerne les approches basées sur la virulence – donc ridiculiser les théories du complot, les déconstruire agressivement, chercher à « gagner le débat » –, le rapport les classe comme moins efficaces. En effet, ces approches peuvent beaucoup réduire l’acceptation d’une théorie, mais elles risquent d’être automatiquement rejetées.

Il est également très efficace de chercher à susciter de la compassion envers les personnes désignées comme boucs émissaires par la théorie du complot.

4. Rendre les gens plus résistants aux théories du complot

L’une des causes de l’adhésion à des théories du complot est un sentiment de perte de contrôle. Une étude a montré que des participants adhéraient moins facilement à ces théories lorsqu’on renforçait préalablement leur sentiment de contrôle – par exemple en leur demandant de se souvenir d’un événement de leur vie où ils avaient l’impression d’avoir le contrôle.

Il est également efficace de les encourager à penser de manière analytique plutôt que de se fier à leur intuition. Et l’adhésion est également moindre lorsque les gens ont le sentiment que les institutions suivent des procédures de décision équitables.

5. Savoir quand ne pas intervenir

Une étude a montré qu’avec les conspirationnistes hardcore – qui ont bâti leur identité autour de théories du complot –, le débunking peut les pousser à s’enfoncer encore plus dans leur chambre d’écho conspirationniste. Et ils sont davantage susceptibles de cesser d’interagir avec des informations complotistes s’ils ne sont pas exposés à du débunking. Ouais, c’est compliqué.

6. La déradicalisation

Tout d’abord, les complotistes font davantage confiance à d’anciens complotistes qui ont eu les mêmes croyances par le passé. Les anciens complotistes peuvent donc être des messagers très efficaces.

Par ailleurs, les complotistes se voient souvent comme des penseurs critiques par rapport à la version officielle des événements. On peut donc capitaliser sur cela avec des messages qui affirment la valeur de la pensée critique, mais qui la réorientent pour examiner les failles des théories du complot.

Enfin, je cite :

Les approches doivent être empathiques et chercher à établir une compréhension avec l’autre partie. Comme les interventions reposent sur le développement de l’ouverture d’esprit des participants, les animateurs doivent montrer l’exemple.

Si vous souhaitez aller plus loin sur ce sujet, je vous invite à lire le rapport du COMPACT et à regarder la vidéo de Patchwork. Les liens sont dans la description.

Alors, que pensez-vous de tout ça ? N’hésitez pas à le dire en commentaire.