Taïwan et le fact-checking intégré aux réseaux sociaux

On parle beaucoup de la désinformation sur les réseaux sociaux, mais il n’y a toujours pas de solution satisfaisante – du moins pas chez les grandes plateformes américaines. Mais laissez-moi à nouveau vous parler de Taïwan. Non, cette chaîne YouTube ne reçoit pas d’argent de la part de Taïwan.

Le réseau social LINE

À Taïwan, le réseau social dominant n’est pas Facebook, Twitter ou WhatsApp, mais LINE, qui est un peu un mélange des trois et qui est utilisé par 90 % de la population de Taïwan, échangeant plus de 9 millions de messages par jour. Et c’est également le principal endroit où se diffuse la désinformation à Taïwan.

Pour rappel, Taïwan fait constamment face à des campagnes de désinformation de la part de la Chine visant à discréditer le parti démocrate actuellement au pouvoir. D’après un expert en désinformation, la campagne de désinformation chinoise lors des dernières élections présidentielles taïwanaises a été la plus agressive qu’il ait jamais vue.

Ce qui différencie LINE

Mais qu’est-ce qui différencie LINE de Facebook, Twitter ou WhatsApp ? C’est la première plateforme avec un outil de fact-checking directement intégré. Les utilisateurs peuvent signaler des messages suspects et recevoir immédiatement une réponse sur leur degré de fiabilité, ainsi qu’un rapport de fact-checking complet. Si l’information signalée n’est pas dans la base de données, l’outil renvoie vers un éventail d’informations similaires. Et si rien ne correspond, l’utilisateur peut demander à ce que l’info soit fact-checkée, ce qui est généralement fait en quelques jours.

Pourquoi ça fonctionne

Bon, alors, rien d’extraordinaire. Qu’est-ce que ça a de vraiment nouveau ?

Déjà, le fait que ce soit directement intégré à la plateforme encourage fortement le fact-checking en réduisant les frictions. Parce que s’il faut prendre ne serait-ce que 30 secondes pour faire une recherche Google, on a déjà perdu les deux tiers des utilisateurs. Du coup, on a beaucoup moins d’excuse pour partager sans avoir vérifié. Et le fait que nos contacts peuvent eux aussi fact-checker en deux clics, eh bien cela dissuade de partager sans vérifier – petite pression sociale.

Notez bien qu’il n’y a aucune censure ni aucune obligation : c’est juste du nudge.

Les données massives

Mais au-delà de la simplicité d’utilisation, cela permet également à LINE de collecter des données massives sur la désinformation : quelles infos sont signalées, combien de fois, à quelle vitesse elles se diffusent, quels sujets sont les plus ciblés par la désinformation, quelles sont les similarités linguistiques… Cela permet notamment de prioriser le fact-checking en fonction du nombre de signalements. Par exemple, la désinformation autour du Covid-19 est considérée comme très prioritaire. Cela permet également de publier des annonces régulières sur la page d’actualités de LINE, sur les informations suspectes récemment partagées, le nombre de gens qui les ont signalées, etc.

Une modération citoyenne

Par ailleurs, le fact-checking n’est pas effectué par LINE ou par le gouvernement, mais par des organisations de citoyens bénévoles. Du coup, ce n’est pas non plus Big Brother qui vous dit quoi penser – c’est plutôt « small brothers ». Et ça résout en partie le problème des réseaux sociaux qui ne veulent pas être « arbiters of truth » (arbitres de la vérité).

Ici, le gouvernement a stimulé la création de partenariats entre les réseaux sociaux et plusieurs organisations citoyennes de fact-checking. D’autres pays pourraient s’en inspirer… (clin d’œil appuyé).

En résumé

Bref, ici on a un exemple de fact-checking volontaire et sans censure particulière, mais largement facilité et encouragé via l’intégration directe à la plateforme, et rendu beaucoup plus efficace grâce aux données collectées sur le partage et le signalement de la désinformation.

Alors, que pensez-vous de tout ça ? N’hésitez pas à le dire en commentaire.