Un monde sans effort ?

Aujourd’hui, on va rêver un peu, pour changer.

Il y a des gens qui parlent de la perspective d’abolir la mort ou la souffrance via les progrès technologiques. Le genre de thèse que je suis plutôt du genre à défendre.

Mais il y a un aspect qui est peu souvent abordé et qui impacte pourtant nos vies de manière beaucoup plus directe : il s’agit de l’effort.

Pourrait-on envisager un monde sans effort ? Serait-ce seulement désirable ?

Là, beaucoup auront envie de dire : ben non, comment pourrait-on apprécier des trucs si on ne fait jamais d’efforts ? Est-ce qu’on apprécierait un jeu vidéo dont on aurait supprimé toute difficulté, par exemple, ou bien une victoire sportive obtenue sans aucun effort ?

Ben, ça dépend de ce qu’on entend par « efforts ».

Bon, pour simplifier à l’extrême, on alterne tous entre des périodes où on se détend, ça, c’est ok, il sait faire, et des périodes où il faut se bouger, pas que dans le cadre d’un emploi, en passant, pour n’importe quel projet personnel ou associatif, même très modeste.

Ben, à un moment donné, si on veut avancer, il nous faudra le faire. Et certaines de ces tâches peuvent être très plaisantes et s’effectuer presque tout seul.

Par exemple, si on a pour projet de préparer un dîner et qu’on aime bien cuisiner, pas comme moi, je déteste cuisiner, et bien la partie cuisine se fera sans trop d’effort, ou voir même avec plaisir.

Mais il y a toujours des tâches ou sous-tâches qu’on n’a pas envie de faire : remplir des documents administratifs, faire le ménage, prendre des décisions complexes et douloureuses… Ce genre de trucs.

Et pour effectuer ces tâches, eh bien, il faudra d’une manière ou d’une autre se forcer, ouais, faire des efforts, quoi.

Mais est-ce là une vérité indépassable de notre condition d’être sentient ?

Ben, c’est pas si sûr.

Déjà, on peut remarquer qu’on est capable d’effectuer certaines tâches très complexes sans sensation d’effort.

Par exemple, un mathématicien qui vient d’avoir une intuition géniale et qui déroule frénétiquement des séries d’équations à partir de cette idée, ou un joueur de jeux vidéo expérimenté en train de traverser un niveau très difficile.

On a tous expérimenté ponctuellement cet état d’exaltation fiévreuse que certains appellent « flow ». On entre dans une espèce de transe où il n’y a plus que la tâche en cours qui compte, et on n’a plus du tout l’impression de se forcer.

À l’inverse, on peut buter sur des tâches beaucoup plus simples, comme remplir une déclaration d’impôts, où il faudra vraiment se forcer pour en venir à bout.

Mais qu’est-ce qui différencie ces tâches, au fond ?

On pourrait se dire que les premières sont plus fun, plus exaltantes, mais qu’est-ce qui détermine si quelque chose est exaltant ? Est-ce que ce n’est pas là un jugement très arbitraire de notre cerveau ?

Prenons par exemple une tâche assez simple qui consiste à manger un plat de nourriture.

Pourtant, la tâche à effectuer est exactement la même : mettre des trucs dans notre bouche, mastiquer, avaler, recommencer.

Mais il se trouve juste que, pour des raisons biologiques, culturelles, peu importe, notre cerveau a une réaction d’excitation face au premier plat et une réaction de dégoût face au second.

Mais ça pourrait très bien être l’inverse.

Après tout, les goûts culinaires varient beaucoup d’une région du monde à l’autre.

Par exemple, en France, beaucoup de gens adorent le fromage, alors que dans de nombreux pays asiatiques, la plupart des gens trouvent ça écœurant.

Et inversement pour certains produits asiatiques comme le nato au Japon, dont j’ai encore des flashbacks traumatiques.

Bref, la sensation d’efforts ne semble pas tant dépendre de la difficulté de la tâche que de notre interprétation subjective de cette tâche.

Alors, il y a plein de techniques très intéressantes pour tenter de provoquer cet état de flow, même pour les tâches les plus chiantes.

Mais cela a ses limites. Circuiter la sensation d’efforts pour certaines tâches, d’une certaine manière, ça demande des efforts.

Mais si maintenant on passe un peu en mode science-fiction, flash transhumanisme : est-ce qu’on ne pourrait pas trouver des moyens de provoquer cet état de flow sur demande pour n’importe quelle tâche, que ce soit avec une substance particulière ou bien une modification de la structure de notre cerveau ?

Si c’était possible, en tout cas, il y aurait à priori tout à gagner et rien à perdre.

Si on accomplit une tâche complexe dans un état de transe et d’exaltation, eh bien, on en appréciera pas moins le travail accompli à la fin, et on se sera bien éclatés en effectuant la tâche, en plus.

On pourrait imaginer accomplir absolument toutes les tâches que l’on doit accomplir dans cet état de conscience optimale où il n’y a plus de sensations d’efforts.

Alors, oui, c’est de la science-fiction, mais ça ne semble pas non plus hors de portée au cours de ce siècle, vu la vitesse des progrès technologiques.

Bon, sauf si l’humanité s’autodétruit entre temps, mais ça, c’est un autre problème.

Et ça aura un impact beaucoup plus immédiat sur nos vies que le ralentissement du vieillissement, par exemple.

Pour un Français moyen en 2021, la principale source de déplaisir au quotidien, c’est de devoir se forcer à faire des trucs qu’on n’a pas envie de faire, mais qu’on doit faire quand même, jour après jour.

Mais ce ne serait pas non plus un état de jouissance statique et passive.

Ouais, parce que dès qu’on parle d’augmenter le bonheur, il y a toujours un fanboy de Nietzsche qui surgit de derrière un buisson pour débiter son laïus sur la volonté de puissance, du chaos cosmique, wells et toi que je parle là dans l’église à 14 ans qui se tuent à faire, est bien là, justement, on serait dans cet état d’exaltation nietzschéenne, mais pour n’importe quelle tâche qui se présenteraient à nous.

Ouais, même récurer le fond des toilettes en criant « Curret Zarathoustra ! »

Alors, est-ce que ce serait faisable ? Rien ne permet de l’écarter à ce stade.

Et qu’est-ce que ce serait souhaitable ?

Eh bien, je pense que oui.

Mais vous, que pensez-vous de tout ça ? N’hésitez pas à le dire en commentaire.