Au-delà du PIB

Pour la plupart des gouvernements dans le monde, l’un des objectifs principaux, c’est la croissance économique — ou autrement dit, augmenter le produit intérieur brut de leur pays, le fameux PIB. Alors, quelle est la manière la plus efficace d’augmenter le PIB ? Ça, c’est un débat pour les économistes. Mais une autre question qu’on pourrait se poser, c’est : pourquoi cherche-t-on à maximiser le PIB ? Pourquoi cet indicateur-là plutôt qu’un autre ?

Si pratiquement tout le monde le fait, c’est qu’il doit y avoir d’excellentes raisons pour cela. Non ? Eh ben, pas vraiment.

Là, je vais citer Heu?reka, de la chaîne d’économie du même nom (source dans la description) :

« Avec le PIB, on a une mesure de richesse, et le problème, c’est que l’indicateur est devenu l’objectif. C’est devenu l’alpha et l’oméga de l’économie, alors que quand on regarde les auteurs classiques, quand on lit leurs écrits, le but c’est d’améliorer le quotidien de l’humanité. »

Comme il le souligne juste après : si on fabrique uniquement des armes tout en démantelant les écoles et les hôpitaux, on peut très bien avoir un PIB qui augmente.

Un autre souci majeur, c’est que le PIB d’un pays ne dit rien sur la répartition des richesses. Depuis le début du Covid, beaucoup de pays ont réussi à arracher quelques points de croissance trimestrielle, mais cela masque un enrichissement des plus riches et un appauvrissement des plus pauvres.

Et du coup, quitte à mesurer la réussite économique d’un pays avec un indicateur global, est-ce qu’on ne pourrait pas choisir un meilleur indicateur de réussite économique — ou du moins un indicateur moins mauvais ?

Par exemple, un truc qui existe déjà, c’est le seuil de pauvreté. On pourrait donc se dire que l’objectif serait de minimiser le pourcentage de la population qui vit en dessous du seuil de pauvreté. Mais le souci, c’est que cet objectif serait entièrement rempli avec une population qui vivrait juste au-dessus du seuil de pauvreté. Ce qui est mieux que rien, mais quand même pas terrible.

Du coup, on pourrait définir un autre seuil, qu’on pourrait appeler le seuil de sérénité financière : le seuil où l’on possède assez de thunes, où on est à l’aise financièrement, sans pour autant passer en mode Marie-Antoinette. Par exemple, pour une personne célibataire, sans enfant et sans handicap particulier, cela pourrait correspondre à gagner 2 000 euros net par mois. Là, on peut payer le loyer, la nourriture et les factures avec de la marge, sans stresser, et s’offrir régulièrement des petits plaisirs, tout en mettant un peu d’argent de côté.

Bien sûr, il faudrait ajuster ce seuil à la situation de chaque personne — pour les personnes handicapées ou qui ont des enfants, par exemple — et il faudrait également l’ajuster aux fluctuations du prix de la vie pour que ça reflète toujours à peu près le même pouvoir d’achat.

Du coup, à présent, l’objectif pourrait être de maximiser le pourcentage de la population qui vit au-dessus de ce seuil de sérénité financière. Mais le souci, c’est que pour ceux qui vivraient en dessous de ce seuil, qu’ils vivent avec 1 999 euros par mois ou juste 400 euros par mois, ça ne changerait rien au résultat. Et ça, c’est un peu embêtant.

Du coup, on pourrait définir un taux de sérénité financière. Par exemple, si je reste sur mon exemple de seuil à 2 000 euros par mois :

Et là, si vous n’êtes pas content, allez écouter ma capsule sur l’adaptation hédonique (voir dans la description).

Et du coup, ce que le gouvernement pourrait chercher à maximiser, ce serait le taux de sérénité financière moyen — la moyenne des taux de sérénité financière de tous les habitants du pays. Et là, franchement, si un jour on atteint 100 %, je pense qu’on sera tous très heureux d’avoir le luxe de devoir chercher un autre indicateur. Mais on en est encore très loin.

Alors, bien sûr, tout cela n’est qu’un petit exercice de pensée par un quidam ignorant des arcanes des marchés financiers. Mais il me semble que le choix d’un tel indicateur est davantage politique qu’économique. La compétence des économistes, c’est de dire ce qu’il faudrait faire pour optimiser tel ou tel indicateur. Mais qu’est-ce que nous voulons optimiser ? Ça, c’est un choix de société.

Alors, que pensez-vous de tout ça ? N’hésitez pas à le dire en commentaire.