La responsabilité des plateformes de financement
Bon, alors, je voudrais revenir sur la sphère Tipeee.
Oui, 300 après tout le monde.
Alors, il y a déjà eu une vidéo de Monsieur Phi sur la question. Voir lire dans la description.
Mais je voudrais aborder un point à légèrement différent ici.
Donc, pour faire un rapide rappel, Tipeee, c’est une plateforme de financement participatif qui a notamment permis le financement du documentaire conspirationniste « Hold-up », ce qui avait déjà fait grincer beaucoup de dents à l’époque.
Ouais, surtout parmi ceux qui font des vidéos de type scepticisme slash esprit critique, vu que ça a ruiné un petit peu tous leurs efforts.
Mais ce qui a déclenché un mini scandale, ce sont deux récentes déclarations des fondateurs de Tipeee qui ont affirmé qu’ils laisseraient passer n’importe quel projet sur leur plateforme, du moment que ce n’est pas contraire à la loi. Voir dans la description.
Suite à cela, de nombreux YouTubers ont fait un petit public chez ming de type « I » en affirmant que les plateformes de financement devaient prendre leurs responsabilités quant au projet qu’ils acceptent.
Et beaucoup ont invité leurs contributeurs à basculer sur la plateforme Utip, qui, contrairement à un Tipeee, essaye d’avoir quelques critères.
Et c’est une réaction qui m’a semblé plutôt saine.
Mais visiblement, beaucoup de gens ne sont pas de cet avis, et beaucoup d’entre eux renvoient vers une vidéo de la YouTubeuse Tatiana Ventôse sur le sujet. Lien dans la description.
Sur laquelle je vais donc m’appuyer, et notamment vers 13 minutes, où elle énonce sa vision des choses.
Hein, en gros, si on estime que certains discours sont indésirables dans l’espace public, comme cela semble être le cas de ces YouTubers qui s’indignent, et bien, il faut alors énoncer des critères précis qui permettrait de modifier la loi pour rendre ces discours illégaux.
Autrement dit, si on trouve un discours indésirable, et bien, si on veut être cohérent, il faut militer pour le rendre illégal.
Et c’est une vision que je trouve très réductrice, mais qui, visiblement, partagé par pas mal de gens.
Et pourtant, il me semble que, bon, déjà, c’est très loin de fonctionner comme ça en pratique, et de toute façon, ce ne serait pas viable de fonctionner comme ça, je pense.
Au contraire, il y a plein de choses que l’on peut considérer comme indésirables sans pour autant souhaiter les rendre illégal.
Et pour illustrer cela, je vais déterrer une autre fille de storm le typique.
Ouais, donc, il y a quelques années, la marque de rasoirs Gillette avait fait un spot publicitaire un peu féministe. Voir lire dans la description.
Et cela a visiblement contrarié beaucoup de gens, comme le souligne le nombre de 10 là que sur la vidéo, et beaucoup ont annoncé que, suite à cette pub, ils n’achèteraient plus de rasoirs Gillette.
Voilà.
Alors, personnellement, je trouve ce boycott assez navrant, mais dans le principe, il n’y a rien de choquant, je dirais même.
Je ne suis pas d’accord avec votre boycott tout pourri, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de ne pas acheter certaine marque de rasoir.
Oui, je suis un intellectuel engagé comme Michel Onfray.
Donc, là, qu’est-ce qui se passe ?
Ben, y’a une entreprise privée qui participe à la diffusion de certaines idées.
Il y a des gens qui sont pas du tout contents face à ça, et ils tentent de faire pression sur cette entreprise à travers du public chez ming et du boycott.
Mais à aucun moment il n’est question d’interdire ce discours féministe.
Ils trouvent visiblement ce discours indésirable dans le cadre d’une coupe de rasoir, en tout cas, et ils font pression sur les marques pour tenter de les dissuader de promouvoir ce discours.
Mais il ne demande pas à ce courant de ce discours illégal, ou en tout cas, pas l’immense majorité d’entre eux.
Est autant on peut déplorer ce boycott spécifiques, autant ça n’a rien d’incohérent comme démarche.
Et c’est la même chose dans le cas du typique.
Est oui, il y a une zone grise entre ce que l’on jugé indésirable est ce que l’on souhaiterait rendre illégal, et ce n’est pas sale ou hypocrite d’être dans cette zone grise.
C’est extrêmement courant, en fait.
On pourrait même dire que ça fait partie du débat public.
Quant à type se comporte comme un gros lourd lors d’une soirée, il ne fait généralement rien d’illégal.
À on qui mériterait d’être rendu illégal, mais ça n’empêche pas de trouver ce comportement indésirable et de faire pression pour qu’ils se comportent moins comme un gros lourd.
S’il fallait en passer par la loi pour le moindre truc du genre, ce serait à la fois ingérable et dystopique.
Ici, il n’est pas question d’interdire les discours conspirationnistes à la old quand, bien même on les juge dangereux, ni même d’interdire de les financer.
En fait, il n’y a même pas besoin de plateformes comme Tipeee pour avoir un financement participatif.
Il suffit de programmer un virement bancaire mensuel permanent depuis le site web de sa banque, par exemple.
La seule valeur ajoutée de Tipeee, c’est que ça facilite l’opération avec une interface pratique et ludique.
Et c’est cela qui est reproché un Tipeee de faciliter le financement de contenus douteux en leur donnant accès à une plateforme qui financent plein de gros YouTubers mainstream et bénéficient donc indirectement de l’image de ces derniers.
On ne leur reproche pas de permettre le financement de ces contenus, vu qu’il est déjà possible à la base.
Un, c’est un peu comme quand l’algorithme de YouTube met activement en avant des vidéos anti-vaccins.
Ouais, franchement, les gars, fallait pas vous sentir obligé de faire ça.
Et Tipeee est tout à fait libre de faciliter ce genre de financement, mais il y a un prix à payer pour cela : le dommage réputationnel.
Non, parce que, bon, vouloir à la fois pouvoir financer n’importe quoi en prenant son petit pourcentage, et garder une réputation blanche et immaculée, ce serait un petit peu vouloir le beurre et l’argent du beurre, il me semble.
Le grand pouvoir, mais sans les grandes responsabilités.
Bon, alors, une autre critique de Tatiana Ventôse et de plein d’autres gens, c’est que les YouTubers qui ont critiqué Tipeee sont, je cite, « des idiots utiles à qui renforce le pouvoir des géants du numérique qui leur font un chèque en blanc pour décider quel discours il autorise ou non ».
Mais comment dire, ils ont déjà ce pouvoir à la base.
Un, et faire pression sur ces entreprises, ce ne va pas étendre davantage ce pouvoir, juste l’orienter un tout petit peu dans une direction ou dans une autre.
Qui en a beaucoup qui disent : « Un art, vous applaudissez ses plates formes dans ce qu’elle dégage Hold-up ou Donald Trump, mais vous ferez moins les malins lorsque ce sera votre tour. »
Mais là encore, on peut déjà se faire dégager par ses plates formes dès aujourd’hui, pour peu qu’elles modifient leur politique.
C’est justement pour ça que des gens font pression pour que ces plateformes adopte une certaine politique plutôt qu’une autre.
Alors, est-ce que c’est une situation idéale ?
Bah, non, mais je ne pense pas que la solution passe par une sorte de maximalisme juridique, ou du moins, pas entièrement.
Parce qu’autant je trouve impraticable de chercher à légiférer sur chaque type de discours qu’on juge indésirables, autant on pourrait légiférer à un niveau plus meta.
Déterminer non pas ce que les grandes plateformes doivent modérer, mais plutôt comment elles doivent modérer.
Par exemple, il pourrait y avoir des exigences de transparence sur la politique de modération, ou sur la manière dont la modération doit être organisée, ou sur le pourcentage minimal du chiffre d’affaires qui doit être allouée à la modération pour éviter de se faire sucrer sa chaîne suite à une fausse manip d’un stagiaire dépressif qui bossent 14 heures par jour, par exemple, ou des droits de recours si on estime avoir été suspendu à juste titre.
Ou encore une application structure et du grand public pour la modération.
En gros, l’idée générale, c’est que, à partir du moment où une plateforme fait des bénéfices gigantesques, et bien, on peut raisonnablement exigé de cette plateforme qu’elle est une modération de bonne qualité, bien financé, bien structuré et transparentes, au lieu de continuer à avoir un fonctionnement opaque de petits business mafieuses.
Parce que, bon, si on peut s’en tirer en faisant juste le service minimum niveau modération, pourquoi s’embêter à faire mieux ?
Par exemple, un petit pas dans cette direction, c’est la récente décision de Facebook de créer une cour suprême interne pour trancher les cas les plus sensibles. Voir lire dans la description, qui comporte notamment des journalistes, des juristes et des militants des droits de l’homme de deux sensibilités politiques diverses.
Bon, c’est très loin de résoudre tous les problèmes, mais c’est déjà un peu mieux que le fonctionnement complètement opaque qui précédait, et on pourrait aller beaucoup plus loin dans cette direction.
Mais cela doit être un mode de fonctionnement adapté à ces plateformes et à la vitesse de propagation de l’information.
Vouloir régler toutes ces questions via le circuit juridique classique qui prend souvent des mois, voire des années à délibérer, qui est extrêmement lent à évolué, qui est très coûteux en temps et en argent, ben, ça me semble juste complètement inadapté à la modération sur les grandes plateformes et aux milliards de dilemme éthique qu’elles doivent trancher chaque jour.
Voir la vidéo de Sergent Fall sur le sujet. Bien dans la description.
Bref, la censure privée qui s’adapte vaguement à la pression du public, c’est pas ouf, mais ça reste préférable au réductionnisme juridique que semble prendre certains, et surtout, on peut viser beaucoup mieux que ça.
Alors, que pensez-vous de tout ça ? N’hésitez pas à le dire en commentaire.