La précarité, frein à l’innovation

Alors, comme vous le savez peut-être, je suis un dangereux extrémiste : je pense qu’on devrait éliminer complètement la précarité. Oui, complètement. Et aujourd’hui, c’est une idée qui est encore loin de faire consensus, car même chez des gens aux revenus assez modestes, on retrouve la fameuse peur des « welfare queens » : dès qu’ils touchent des allocs, ils ne foutent rien. Dit autrement, il faudrait conserver un certain stress de précarité dans la société pour pousser les gens à se bouger le cul et à travailler.

Le coût caché de la précarité

Mais un aspect qui est moins discuté, c’est le coût de cette précarité en termes de contribution à l’économie justement. Pour le dire en termes plus macronistes : la précarité n’est pas l’amie de la start-up nation.

En effet, même si on n’est pas particulièrement pauvre, il y a toujours ce stress de fond de la précarité, un peu comme une mouche qui fait du bruit dans la pièce et qu’on n’arrive pas à faire sortir. On se dit que ça pourrait nous arriver un jour, de nous retrouver dans une situation précaire. Et l’angoisse s’installe.

Pour éviter ça, une stratégie simple est de la jouer safe : avoir un boulot stable avec des revenus réguliers et s’y tenir. Mais c’est contradictoire avec la fameuse « prise de risque » prônée par les fans de start-up et de croissance économique.

Le privilège de la prise de risque

Parce qu’autant c’est facile de se lancer dans l’aventure start-up lorsqu’il y a papa et maman pour assurer derrière en cas de coup dur – et je ne vise absolument aucun étudiant en école de commerce en disant ça –, autant lorsqu’on n’a pas ce genre de police d’assurance, c’est un risque qu’il n’est pas forcément très raisonnable de prendre, même si on a vraiment une super idée de start-up de cappuccino connecté.

Et c’est dommage, en un sens, parce que parmi tout le bullshit et les effets d’annonce, il y a des idées de start-up réellement innovantes et intéressantes. Mais beaucoup de gens qui ont ce genre d’idées innovantes ne se lanceront pas dans l’aventure, tout simplement parce que ce ne serait pas très raisonnable de le faire vu l’organisation actuelle de la société. Bien sûr, ils pourraient gagner beaucoup d’argent, mais ils pourraient aussi se retrouver sur la paille et avoir du mal à payer leurs factures. Et pour éviter ce worst case scenario, eh bien très souvent, il est plus raisonnable d’accepter un boulot un peu chiant dans un bureau mais avec un salaire fixe et régulier.

Une assurance-risque universelle

Alors que si on était garanti de ne jamais tomber en dessous d’un certain seuil de précarité, eh bien on pourrait se permettre de prendre ce genre de risque. Bien sûr, à mes yeux, ce n’est clairement pas la raison principale d’abolir la précarité. Mais on pourrait aussi voir ça comme une sorte d’assurance-risque universelle qui pourrait rendre la société beaucoup plus créative et innovante qu’aujourd’hui, parce que le stress de la précarité, même lorsqu’il est assez lointain, ça pousse à choisir la conformité et les sentiers battus.

Et qui sait, peut-être que cet argument pourrait parler aux jeunes entrepreneurs dynamiques de la start-up nation connectée 3.0.

Alors, que pensez-vous de tout ça ? N’hésitez pas à le dire en commentaire.