Le patriotisme est-il nécessaire
Bonjour. Alors, pourquoi je parle avec une voix aussi grave ? Eh bien, tout simplement parce que j’ai la voix cassée. Cassée. Je ne peux parler soit comme ça, ou alors comme ça. Du coup, on va rester sur la voix grave, d’autant plus que nous allons aborder un sujet très grave : le patriotisme.
Dans le débat politique actuel, il y a beaucoup de gens qui disent qu’il faut être patriote, qu’il faut défendre et aimer la patrie, qu’il faut avoir à coeur les intérêts de la nation. Ce genre de choses. On voit surtout ce genre de discours à droite, mais aussi un peu à gauche. Et cela donne lieu à des déclarations un peu lyriques sur l’amour qu’il faut porter à la patrie, sur l’importance de défendre et d’honorer les symboles de la nation, sur la fierté de faire partie du peuple français.
Et je suis un peu mal à l’aise face à ce genre de déclarations.
Une alternative au patriotisme
Mais pourquoi donc, me direz-vous ? Eh bien, c’est une excellente question, et je me suis retiré 15 minutes sous une cascade pour y réfléchir.
Pour expliquer cela, il faut déjà que je pose une alternative au patriotisme. Cette alternative, ce serait d’avoir à coeur non pas les intérêts de la patrie ou de la nation, mais les intérêts de la société dans laquelle on vit. Oui, on vit vraiment dans une société.
Alors, quelle différence entre les deux ?
La fierté patriotique
Eh bien, une première différence, c’est le sentiment de fierté patriotique. Parce que, a priori, il n’y a pas de raison particulière de se sentir fier de vivre dans une société – ce serait un peu comme être fier de respirer. Par contre, manifestement, beaucoup de gens se sentent fiers d’être des enfants de la patrie. Et cette fierté peut avoir des aspects positifs et négatifs.
Sauf que, si on a à coeur les intérêts de la société dans laquelle on vit – oui, vraiment très à coeur –, eh bien on a déjà les aspects positifs de la fierté patriotique. Du coup, il ne nous reste que les aspects négatifs.
Comme par exemple la susceptibilité nationaliste : le fait de se vexer lorsqu’on a l’impression que des symboles nationaux sont attaqués. Par exemple, récemment, un drapeau français a brièvement été retiré de l’Arc de Triomphe, ce qui a choqué de nombreux représentants politiques. Bon, des politiciens de droite (sans surprise), mais aussi un chargé de communication de la France Insoumise.
Mais un gros avantage que la « société » a par rapport à la « patrie », c’est qu’elle n’a pas de drapeau, pas de symboles, pas d’hymne national. Du coup, on ne peut pas bafouer les symboles de la société, tout simplement parce qu’il n’y en a pas. Habile.
Et si ce que je viens de dire vous semble être du foutage de gueule, je vous invite vraiment à prendre 30 secondes pour y réfléchir. La susceptibilité nationaliste, c’est une solution à un problème qui n’a pas vraiment besoin d’exister à la base. Si on se contente de se préoccuper des intérêts de la société, eh bien on n’a pas besoin d’être en permanence sur la défensive par rapport à ce que l’on perçoit comme des attaques contre des symboles de la nation. Pour le dire simplement : pas de symbole, pas de problème. Enfin, moins de problème en tout cas.
L’intérêt de la patrie vs. l’intérêt de la société
Bon, mais si on met de côté la fierté, qu’est-ce qui différencie encore l’intérêt de la patrie et l’intérêt de la société ?
Eh bien, face à certains choix politiques, les gens qui se revendiquent de l’intérêt de la patrie peuvent avoir tendance à privilégier les intérêts des « enfants de la patrie » plutôt que des habitants d’autres pays du monde.
Alors, c’est une préférence qu’on peut tout à fait avoir. Mais ce que je trouve étrange, c’est d’en faire une sorte de vertu. Si on privilégie les intérêts du pays A par rapport à celui du pays B, bah, pourquoi pas. Mais ça n’a rien de spécialement vertueux. Par contre, si on privilégie les intérêts du pays A « par patriotisme », là, ça sonne vertueux.
Mais pourtant, c’est juste un emballage sémantique. Au final, ça revient juste à décréter que prioriser les intérêts de son pays par rapport aux autres, c’est « patriotique », et que donc c’est vertueux. Alors que c’est juste une préférence arbitraire. Et on pourrait même dire que c’est une façon d’enjoliver cette préférence arbitraire.
Le patriotisme est-il souhaitable ?
Bref, pour ces raisons, je pense qu’il n’est ni vraiment nécessaire, ni vraiment souhaitable d’être patriote en 2022. Plutôt que d’avoir à coeur les intérêts de la patrie, je pense qu’on gagnerait à avoir à coeur les intérêts de la société, tout simplement. Que ce soit la société en général, ou la société dans laquelle on vit.
Et si vous trouvez qu’agir « dans l’intérêt de la société », c’est un truc de fragile, eh bien on peut citer les lanceurs d’alerte qui ont pris de très gros risques personnels, comme Edward Snowden, ou des journalistes qui risquent parfois leur vie pour aborder certains sujets, comme ceux qui ont reçu le tout dernier prix Nobel de la Paix. Il me semble que ce genre d’individus n’ont pas le moins du monde à rougir devant le plus patriote des patriotes. Et pourtant, ils n’étaient pas guidés par une fierté nationale particulière, juste par l’intérêt de la société.
Alors, que pensez-vous de tout ça ? N’hésitez pas à le dire en commentaire.