Sortir du nucléaire, à quel prix

Beaucoup de programmes politiques proposent de sortir du nucléaire. Et j’ai vraiment un problème avec la manière dont ils abordent cette question la plupart du temps.

Alors, il y a déjà plein de vidéos détaillées sur la transition énergétique (j’en ai mis deux dans la description). Mais ici, on va se pencher sur des arguments relativement simples qui sont invoqués dans le débat public.

Le problème de l’intermittence

Bon, pour faire simple : admettons qu’on puisse produire toute l’électricité consommée par un pays avec des éoliennes et des panneaux solaires. Eh bien, si on fait ça, peu importe notre niveau de consommation électrique, on va vite avoir un problème : il n’y a pas tout le temps du vent et du soleil. Et quand il y en a, ce n’est pas en quantité égale. C’est ce qu’on appelle le problème de l’intermittence.

Du coup, si on se reposait uniquement sur ces sources d’électricité, on aurait de l’électricité que lorsque la météo le voudrait bien. Ça impliquerait des coupures de courant imprévisibles, parfois très longues, et qui pourraient survenir lors de périodes très embêtantes (genre en plein hiver, où il n’y a déjà pas beaucoup de soleil de base). En fait, c’est même pas clair qu’on puisse faire fonctionner correctement un pays avec un réseau électrique aussi instable, même en réduisant beaucoup notre consommation.

Bref, à moins de vouloir vivre au rythme de coupures de courant aléatoires et potentiellement très longues, il faut d’autres sources d’énergie pour compenser ces aléas météorologiques. La solution la plus écologique, c’est bien entendu le barrage hydraulique. Malheureusement, en France, le nombre de barrages qu’on peut construire est limité par la géographie.

Du coup, il faut d’autres sources d’énergie pour résoudre le problème de l’intermittence. Et là, malheureusement, il reste essentiellement le nucléaire et les énergies thermiques fossiles comme le charbon ou le gaz.

Nucléaire vs. fossiles

Bon, alors le nucléaire a ses inconvénients bien connus : risque de catastrophe (très faible mais pas inexistant), problème des déchets radioactifs (notamment s’ils sont mal gérés). Mais ça émet très peu de CO2 dans l’atmosphère pour une quantité d’électricité donnée. Et le charbon/gaz ? Bah, ça émet un max de CO2.

Alors, personnellement, à choisir, le nucléaire me semble clairement être un moindre mal, vu qu’on peut le faire de façon rigoureuse et maîtrisée si on s’en donne les moyens. Alors que le charbon/gaz, bah ça émettra du CO2 à coup sûr, quoi qu’on fasse.

Le déni politique

Mais ça, à la limite, c’est un débat qu’on pourrait avoir. Là où ça devient embêtant, c’est que parmi les politiciens favorables à la sortie du nucléaire, beaucoup font comme si ce problème d’intermittence n’existait pas. Ou alors, quand ils l’évoquent, c’est pour le minimiser radicalement.

Il me semble pourtant assez clair que si on sortait du nucléaire, vu les technologies disponibles aujourd’hui, ça impliquerait soit de vivre au gré de coupures électriques aléatoires, soit de revenir aux centrales à charbon. Mais aucun de ces politiciens ne va dire ouvertement : « Nous allons sortir du nucléaire et vivre avec des coupures électriques permanentes », ou encore : « Nous allons sortir du nucléaire et réouvrir des centrales à charbon pour compenser. » Et c’est compréhensible, vu qu’ils auraient beaucoup de mal à se faire élire s’ils disaient cela.

Les technologies du futur

Alors, bien sûr, il existe une troisième voie qui serait de développer de nouvelles technologies. On peut citer par exemple la fusion nucléaire (donc le projet ITER), qui résoudrait pratiquement tous les problèmes du nucléaire actuel, ou encore le stockage d’énergie sous forme d’hydrogène, qui permettrait de stocker un surplus de production d’éoliennes et de panneaux solaires pour les utiliser lorsqu’il n’y a pas de vent ou pas de soleil.

Mais ces technologies sont encore loin d’être opérationnelles. La fusion nucléaire n’est pas encore énergétiquement rentable, et le stockage d’hydrogène en cavités salines nécessite des conditions particulières qu’on ne peut pas copier-coller à la chaîne sur tout le territoire français.

Alors, bien sûr, je suis favorable à ce qu’on investisse à fond dans la recherche et le développement de ces technologies. Mais en attendant, on ne peut pas juste les prendre pour acquises aujourd’hui, en 2022, ou partir du principe qu’elles seront opérationnelles en 2030, en 2040, en 2050. La fusion nucléaire, par exemple, ça fait plusieurs décennies qu’on planche dessus, mais c’est pas encore opérationnel, malheureusement.

Baser la transition écologique sur des solutions technologiques qui ne sont pas encore disponibles, c’est un peu faire des plans sur la comète (comme le milliardaire maléfique dans le film Don’t Look Up).

Le cas allemand

En passant, si on veut voir ce que ça donne de nier le problème de l’intermittence ou de le minimiser, on peut voir ce qui se passe actuellement en Allemagne, un pays qui a presque terminé sa sortie du nucléaire. Au moment où je parle, il y a des tensions géopolitiques par rapport au fait que la Russie pourrait envahir l’Ukraine d’un moment à l’autre. Et si elle devait le faire, certains pays parlent d’infliger des sanctions économiques à la Russie. Mais le chancelier allemand a récemment dit qu’il fallait être prudent à ce niveau, parce que cela aurait également des conséquences pour les pays appliquant ces sanctions. Une phrase qui a une résonance très particulière quand on sait à quel point l’Allemagne est aujourd’hui dépendante du gaz russe, pour compenser la fameuse intermittence qui « n’existe pas » ou qui « n’est pas vraiment un problème », d’après certains.

Bref : accélération du changement climatique et dépendance énergétique par rapport à la Russie, qui a maintenant un gros levier de pression sur la première puissance économique européenne. Pas terrible, le bilan de cette sortie du nucléaire.

Trois possibilités

Bref, je trouve que tout ça, c’est quand même pas très sérieux. On dirait de l’écologie en mode Greenpeace, qui consiste à brandir de grands principes moraux, et tant pis s’ils sont incompatibles entre eux. Alors que ce dont on aurait besoin, à mon humble avis, c’est plutôt d’une écologie en mode GIEC, qui consisterait à admettre qu’on est dans la merde et à chercher la moins pire solution parmi celles qui sont réalistement disponibles.

Pour résumer, si on se lance dans une sortie du nucléaire aujourd’hui, je ne vois a priori que trois possibilités :

  1. Se préparer à vivre avec des coupures électriques permanentes (et je doute que beaucoup d’électeurs soient prêts à voter pour cela).
  2. Un retour précipité au charbon, en mode « oh bah mince alors, on l’avait pas vu venir ».
  3. Tout miser sur des technologies qui n’existent pas encore ou ne sont pas encore opérationnelles, et donc prendre un très grand risque.

Ou alors, on pourrait attendre que ces nouvelles technologies soient réellement opérationnelles avant de s’engager dans une sortie du nucléaire. Et je serais très content de voter pour un candidat qui proposait d’investir plus dans la recherche et le développement de ces technologies. Mais se jeter du haut de l’immeuble en espérant qu’on va inventer le parachute avant de toucher le sol, ben à mon humble avis, ça sent un peu le plan foireux quand même.

Que pensez-vous de tout ça ? N’hésitez pas à le dire en commentaire.