Voter pour un candidat ne veut pas dire le cautionner
Aujourd’hui, nous allons aborder un sujet pas du tout polémique : l’abstention. Il peut y avoir plusieurs justifications à l’abstention, plus ou moins pertinentes, mais il y en a notamment une que je vois passer très souvent et sur laquelle j’aimerais me pencher ici.
L’idée en question
L’idée, c’est que voter pour un candidat X, cela revient à cautionner le programme politique du candidat X. Et partant de là, si dans le programme du candidat X il y a des choses qui ne nous plaisent pas, on ne peut pas voter pour ce candidat parce que cela reviendrait à cautionner ces propositions politiques que nous désapprouvons. Et s’il y a des choses qui nous déplaisent dans le programme de chaque candidat, eh bien selon cette vision des choses, on ne peut voter pour aucun candidat, et il faut donc s’abstenir ou voter blanc.
Une vision arbitraire
C’est une façon de voir les choses. Mais ce qu’il faut garder à l’esprit, c’est que rien ne nous oblige à voir les choses ainsi.
Si j’ai le choix entre recevoir cinq gifles et recevoir cinq coups de fouet, et que je choisis les cinq gifles, cela ne veut pas dire que je cautionne le fait de recevoir des gifles dans la figure. Ça veut juste dire que l’option « cinq gifles » me semble préférable à l’option « cinq coups de fouet ».
Similairement, on peut très bien considérer que si on vote pour le candidat X, cela ne signifie pas que l’on cautionne l’intégralité de son programme. Cela veut juste dire qu’on le trouve préférable aux candidats Y ou Z, après avoir pesé le pour et le contre de chaque candidat.
Le stigmate social
Bon, d’accord, mais si moi je cesse de considérer que « voter pour X = cautionner X », il n’en demeure pas moins que d’autres personnes pourront malgré tout considérer que c’est le cas et me pointer d’un doigt accusateur : « Tu as voté pour le candidat X, donc tu cautionnes son programme ! »
Et comme je ne veux pas subir ce stigmate social, je vais quand même m’abstenir de voter pour X. Je ne nie pas ce problème. Mais c’est justement pour ça qu’il me semble important de changer collectivement notre vision du vote. Plus spécifiquement, de combattre activement l’idée que « voter pour X = cautionner X », qui est une idée totalement arbitraire si on y réfléchit un instant.
Parce que le problème très concret avec cette vision des choses, c’est que plus elle est répandue, plus on court le risque de se retrouver avec le pire candidat comme président. Auquel cas on aura bien l’air malin avec notre absence de caution.
Le syndrome Macron
Bon, une fois qu’on a dit ça, il reste encore un petit problème, c’est ce qu’on pourrait appeler le « syndrome Macron ». Au second tour de l’élection présidentielle de 2017, la plupart des gens qui ont voté pour Emmanuel Macron l’ont fait par rejet de son adversaire Marine Le Pen, davantage que par adhésion au programme de Macron. Et à peine élu, Macron se pavanait en mode : « Les Français ont voté pour mon programme, cela veut dire qu’ils approuvent notre projet. »
Et c’est vrai que c’est assez agaçant. Mais la bonne façon de gérer ce problème, selon moi, c’est tout simplement de l’inclure dans la liste des inconvénients du candidat. En gros, on pèse les avantages et les inconvénients de chaque candidat, et parmi les inconvénients du candidat X, il faudra ajouter : « si le candidat X est élu, il risque de se pavaner en mode ’regardez, les gens ont voté par adhésion à mon programme’, alors que non. » Un inconvénient qu’il faudra toutefois mettre en balance avec les inconvénients des autres candidats.
Bref, il me semble que nous gagnerions à abandonner collectivement cette idée très arbitraire que « voter pour X = cautionner X », car elle est contraire à nos intérêts. Et voir davantage le vote comme un choix de marque de détergent au rayon lessive chez Lidl. Voilà.
Alors, que pensez-vous de tout ça ? N’hésitez pas à le dire en commentaire.