Égalité des chances ou égalité tout court
Vous connaissez tous la devise « Liberté, Egalité, Fraternité. » Et bien sûr, sur le site de l’Elysée de l’ere Macron (lien dans la description), on peut lire une version légerement modifiée de cette devise : « Liberté, Fraternité, Egalité des chances. »
Ça n’a l’air de rien comme ça, mais cette nuance a des implications assez importantes sur la maniere dont on envisage l’organisation de la société.
Bon, déjà, je vous rassure : je ne suis pas pour l’inégalité des chances. Par exemple, si dans une même université, certains étudiants peuvent se consacrer à 100 % à leurs études alors que d’autres doivent travailler le soir chez McDo pour payer leur loyer, c’est pas tres tres juste en termes d’égalité des chances, et ce serait mieux si ça l’était.
Mais le souci, lorsqu’on réduit l’objectif d’égalité à l’égalité des chances, c’est qu’on laisse de côté toute une partie du probleme.
Pour illustrer, imaginons une société où la position sociale de chaque citoyen est déterminée par un concours à la fin du lycée. Les 10 % d’éleves qui auront les meilleures notes à ce concours auront acces à des positions sociales extrêmement avantageuses, avec un train de vie luxueux. Et les 90 % restants devront galérer toute leur vie pour des jobs précaires, stressants et mal payés. Et imaginons que le gouvernement fasse vraiment tout son possible pour que l’égalité des chances soit respectée au mieux, et que tous les lycéens puissent étudier dans des conditions tres correctes et tres similaires.
Eh bien, même s’il y a égalité des chances avant le concours, le fait est que les positions sociales disponibles sont extrêmement inégalitaires. Donc, si au final on se retrouve avec une société hyper inégalitaire, ça nous fait une belle jambe qu’il y ait eu égalité des chances au départ – même si c’est toujours mieux que si ce n’était pas le cas.
Alors, certains vont peut-être s’inquiéter : est-ce que je suggere d’aller vers une société parfaitement égalitaire ? Est-ce que ce ne serait pas un peu dystopique ? On pourrait en discuter, mais ce n’est pas le sujet ici. Ce que je suggere, ce serait d’aller vers une société où il y a moins d’écart entre les positions les plus avantageuses et les positions les moins avantageuses. Par exemple, une société où les plus fortunés auraient au plus une seule résidence secondaire, et où les plus précaires ne seraient pas obligés de galérer pour boucler leurs fins de mois. Ce serait déjà une premiere étape.
En passant, d’apres un récent rapport Oxfam (lien dans la description), c’est exactement l’inverse qui se produit en ce moment : toutes les trente-trois heures environ, un nouveau milliardaire apparaît et un million de gens basculent dans la pauvreté. Ouais, donc une personne qui sera un tout petit peu plus heureuse (et encore, c’est pas vraiment clair), pour un million de personnes qui ont toutes les chances d’être significativement moins heureuses. Un sacré jeu de société.
En tout cas, on pourrait au moins se mettre d’accord pour dire que le niveau d’inégalité actuel de nos sociétés n’est pas tres sain, et qu’on devrait s’engager sur le chemin de sa réduction.
Bref, l’égalité des chances, c’est bien, mais ce n’est qu’un aspect de l’idée d’égalité. Et si on veut être à la hauteur de la devise « Liberté, Egalité, Fraternité », il faudra également viser une société plus égalitaire en bout de course.
Alors, que pensez-vous de tout ça ? N’hésitez pas à le dire en commentaire.