L’avortement et la notion de sujet moral
Dans la précédente vidéo, je suis passé un peu vite sur l’argument du statut moral du fœtus en pensant que ça ne faisait plus trop débat en France aujourd’hui, mais en fait, ça ne semble pas tant faire consensus que ça dans la population française. À plusieurs membres du Rassemblement National ont qualifié l’avortement de génocide, voire de génocide de masse, et pas mal de gens utilisent des expressions comme « une femme qui tuent d’innocents dans son antre ».
Bref, il semble y avoir une fraction non négligeable de la population qui considère l’avortement comme un meurtre ou à défaut comme quelque chose qui pose problème sur le plan moral par rapport au fœtus. Et du coup, ça vaut le coup de revenir sur la notion de sujet moral.
À pour que l’on puisse causer du tort à x, il faut déjà que x est un statut moral. À cela n’aurait pas de sens de dire que l’on cause du tort à un caillou, par exemple. À l’inverse, qu’on peut tout à fait dire que l’on cause du tort à un humain ou à un chat. Disons, la plupart des gens ne devraient pas avoir un chat se faire torturer gratuitement devant eux.
Du coup, qu’est-ce qui caractérise un sujet moral ? Une réponse qui vient intuitivement, c’est la capacité à ressentir de la douleur. En tout cas, si x peut ressentir de la douleur et qu’on inflige de la douleur à x sans son consentement, alors cela peut causer du tort à x.
Et qu’est-ce qu’un fœtus peut ressentir de la douleur ? D’après une étude britannique (voir dans la description), un fœtus ne peut pas ressentir de douleur en dessous de 24 semaines, soit environ six mois de grossesse. Et pour rappel, le délai d’avortements en France, ces quatorze semaines.
Donc, sans dire si cela constitue un meurtre ou non, on peut déjà dire que l’avortement ne cause pas de souffrance, contrairement à l’élevage industriel, par exemple. Bon, OK, mais ici, la question ne se résume pas à la souffrance. Justement, si vous pouvez désintégrer tous les habitants d’un pays en un milliardième de seconde, façon claquement de doigts de Thanos, ces gens n’auraient pas le temps de ressentir la moindre douleur ni de réaliser ce qui leur arrive.
Et pourtant, on serait clairement d’accord pour dire qu’on a tué ses vents et que c’est moralement problématique. Et peut-on en dire autant d’un fœtus ? Bah, c’est ça pose un problème de vaporiser tous les habitants d’un pays, c’est parce que ces gens avaient des rêves, des émotions, des souvenirs, des aspirations, et que tout cela est réduit à néant, comme un livre que l’on mettrait au feu.
Mais un fœtus de 14 semaines n’est capable d’aucune pensée, comme confirmé par l’étude britannique suscitée, car son cerveau n’est pas encore formé, et il ne l’est toujours pas à 24 semaines. De plus, on a eu aucune interaction avec le monde, aucun vécu, aucune expérience, ce qui n’aurait pas vraiment de sens sans capacité de penser, de toute manière.
Autrement dit, si tu es un humain, revient à jeter un livre au fond, alors dans le cas d’un avortement, on fait au fus un cahier dans toutes les pages sont blanches, à un livre qui ne raconte aucune histoire, pas même une histoire très courte et très simpliste, comme celle d’un bébé qui vient de naître.
Alors, certains objecteront que cette histoire aurait pu s’écrire si la grossesse avait été menée à terme, mais ce concept d’humains potentiel est philosophiquement intenable. Chaque combinaison possible de vue les deux spermatozoïdes et est un humain potentiel, au même titre qu’un embryon ou un fœtus.
Autrement dit, même dans une dictature hyper nataliste, seulement 0,000001% des humains potentiels auraient le privilège de naître. En fait, dès le moment où un ovule sélectionne un spermatozoïde, entre guillemets, il élimine aussitôt les gaudry milliards d’humains potentiels qui auraient pu résulter de sa combinaison avec un autre spermatozoïde.
S’il est triste de perdre les manuscrits d’un grand écrivain ou les dessins d’un enfant, il n’est en revanche pas triste de perdre des feuilles de papier vierge qui aurait pu servir de support à ces manuscrits ou à ses desseins. Autrement dit, ce qui importe moralement, ce n’est pas le support physique, mais la formation qui naît sur ce support physique.
Nos émotions, nous soutenir, notre personnalité, et c’est en passant, ici, on pourrait peut-être reconsidérer les partisans de l’avortement et les religieux qui croient en l’existence de la main. En effet, si on considère que l’âme ne peut pas s’acharner dans n’importe quoi, dans un caillou, dans une fourchette, par exemple, alors il faut se demander à partir de quel degré de complexité un amas de cellules en gestation peut servir de support physique à une âme.
Et avec les considérations évoquées précédemment, un fœtus de 14 semaines ne semble clairement pas être assez complexe pour servir de support physique à l’unama. D’ailleurs, selon la Bible, la vie humaine commence seulement à la naissance et pas avant. Si le sujet vous intéresse, je vous renvoie vers la vidéo d’un chrétien favorable à l’avortement (voir dans la description).
Bref, l’avortement ne cause pas de souffrance et ne constitue pas non plus un meurtre. Karine de rempli aucun des critères qui fait que nous considérons un meurtre comme immorale, et il n’est même pas proscrit par la Bible, contrairement à ce qu’on pourrait croire. Pour toutes ces raisons, il me semble assez clair qu’on ne peut pas s’opposer à l’avortement sur la base d’un tort causé aux fœtus ou à la vie humaine en général, si du moins on prend le temps de s’interroger sur ce qui fait que l’on accorde de la valeur à la vie humaine.