Être heureux dans un monde qui empire

Bon alors, je sais pas si vous avez remarqué, mais aujourd’hui le futur semble beaucoup plus sombre qu’il y a 40 ans. On n’est plus à l’époque où on attendait l’an 2000 avec impatience, avec des fantasmes de voitures volantes et de société semi-utopique.

Aujourd’hui, c’est le changement climatique qui risque de cogner encore plus fort et plus dur que prévu, les pandémies dont la fréquence risque d’augmenter, l’accroissement des inégalités, la baisse du pouvoir d’achat des plus précaires, la régression de droits que l’on pensait solidement acquis – comme on le voit actuellement aux États-Unis –, la montée de discours ultranationalistes un peu partout dans le monde qui débouchent parfois sur la guerre, l’utilisation de technologies numériques pour manipuler, contrôler et asservir… Bref, c’est pas la joie.

La tentation du doomerisme

La tentation est grande de sombrer dans ce qu’on appelle le doomerisme : « c’est foutu, il n’y a plus d’espoir, la société va lentement pourrir », et de se désengager. Alors certains pensent que pour combattre ce doomerisme, il faut se focaliser sur le positif. C’est par exemple ce qu’a récemment fait la chaîne de vulgarisation Kurzgesagt à propos du changement climatique (lien dans la description). Mais il y a de nombreuses critiques à faire à cette approche – d’ailleurs, si ça vous intéresse, il y a une vidéo de critique très détaillée de l’approche de Kurzgesagt (lien dans la description également). En gros, en voulant penser positif à tout prix, il y a un risque de tomber dans le wishful thinking et de minimiser la gravité de certains problèmes.

L’analogie du cancer

OK, mais est-ce qu’on est obligé de déprimer pour autant ? En fait, la situation dans laquelle nous sommes est comparable à un cancer, mais à l’échelle de la planète. À court et à moyen terme, sauf miracle, notre situation va se dégrader. Et il y a une probabilité non négligeable pour que l’issue de tout cela soit funeste. Mais il y a également une probabilité non négligeable d’un lendemain meilleur, par-delà les décennies sobres qui s’annoncent.

Bon, sauf si on parle d’un cancer sans espoir de guérison bien sûr. Mais justement, il me semble qu’on est plutôt dans le cas d’un cancer à l’issue incertaine. Et du coup, il ne serait clairement pas souhaitable de se mettre en mode « tout est foutu, attendons la fin du monde », vu qu’il y a une probabilité non négligeable de sortir de ce merdier par le haut, et que nos actions – individuelles ou politiques – peuvent augmenter la probabilité que cela arrive. Quand bien même cette probabilité serait de seulement 10 %.

En fait, même si le pourrissement des choses était inéluctable, on pourrait toujours en limiter l’impact, comme dans une certaine approche du changement climatique que certains résument par la formule :

Chaque demi-degré compte.

Le risque du burn-out militant

Mais il y a aussi un risque inverse, qui est celui du burn-out militant : tout donner pour essayer d’améliorer les choses, mais finalement craquer devant l’immensité de la tâche et l’inertie de la société, et sombrer dans un doomerisme encore plus désespéré.

Arrêter d’anticiper émotionnellement

Alors que faire ? Eh bien, peut-être qu’il faudrait arrêter d’anticiper l’avenir. Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : il est très important d’essayer d’anticiper les différents scénarios possibles afin de prendre les meilleures décisions. Ce que je veux dire ici, c’est qu’il faudrait peut-être arrêter d’anticiper l’avenir à un niveau émotionnel.

Faire sa part pour essayer d’augmenter les chances d’un avenir positif, mais sans rien attendre de cet avenir pour autant. Et se focaliser plutôt sur les petits plaisirs du quotidien : lire un livre, se promener dans la nature, regarder un épisode de série, manger une chips, jouer avec ses enfants, construire un mini-réacteur de fusion nucléaire dans son jardin… Des petites choses simples de la vie. En se disant que ces petits moments de bonheur seront, d’une certaine manière, définitivement acquis quoi qu’il arrive dans le futur. Ils ne pourront pas ne pas avoir eu lieu. Et on peut également les voir comme une sorte de pied de nez à ce futur sombre qui se profile.

Ouais, j’ai mangé un cookie et j’ai kiffé. Qu’est-ce que tu vas faire, le changement climatique ?

En passant, certains de ces petits moments du quotidien peuvent consister en des hobbies qui, double effet Kiss Cool, consistent justement à essayer d’augmenter la probabilité d’un futur positif – mais toujours sans rien en attendre ni espérer de particulier, émotionnellement parlant.

Ouais, plus facile à dire qu’à faire. Mais je suppose que c’est une capacité qui peut s’entraîner, comme la natation ou la sculpture sur pastèque.

D’une certaine manière, c’est vrai de dire que l’espoir est important. Mais on peut accepter cette idée sans pour autant sombrer dans le désespoir et l’inaction.

Bref, je pense qu’on peut être heureux dans un monde qui empire année après année, à condition de ne rien attendre de l’avenir tout en continuant à pousser dans le sens d’un avenir meilleur, dans les limites de nos possibilités.

Alors, que pensez-vous de tout ça ? N’hésitez pas à le dire en commentaire.