La pub pour la charcuterie : une solution dysfonctionnelle
Alors, récemment, il y a une déclaration politique qui m’a fait un peu bondir et qui trahissent selon moi une vision assez dysfonctionnelle de la société. Pour faire face aux difficultés économiques du secteur de l’élevage, le ministre de l’agriculture, Marc Fesneau, a annoncé que le gouvernement allait entreprendre, je cite, « des actions de communication pour valoriser la viande porcine et la charcuterie et pour stimuler la demande » (source dans la description).
Son objectif ici, c’est d’éviter que certains élevages ferme, car cela mettrait des gens au chômage. Et donc, pour éviter que ces élevages ferme, l’une des mesures qu’il propose, c’est de faire de la pub pour inciter les gens à consommer plus de viande de porc et de charcuterie pour stimuler la demande.
Donc, comme il dit en passant, on peut remarquer que le gouvernement dépense déjà beaucoup d’argent dans des campagnes de santé publique, vous savez, les fameux messages « Pour vos tronches en plus vite » et « Débuteront cran salue je suis cool ». Donc, là, le gouvernement finance des campagnes de pub pour inciter les gens à manger moins de charcuterie, et il va à présent, en parallèle, en financer des campagnes de pub pour inciter les gens à manger plus de charcuterie, ce qui va annuler l’effet de ses propres campagnes de santé publique.
Donc, parce que bon, en termes de santé publique, stimuler la demande de charcuterie, c’est un peu comme stimuler la demande d’alcool ou de tabac. La charcuterie, c’est un type d’aliment qui est clairement dispensable sur le plan nutritif, qui est consommé uniquement pour le plaisir, et qui, en plus, est globalement très mauvais pour la santé. Vous ne verrez aucun coach en santé ou en fitness vous inviter à manger plus de charcuterie.
Sans parler des problèmes éthiques et climatiques que pose l’élevage. Un mets, donc, le but là, c’est pas que les gens mangent des trucs bons pour leur santé, ni même des trucs dont ils ont envie, parce que s’ils en avaient déjà envie, pas un n’aurait pas besoin de stimuler la demande. À par définition, non. Le but ici, c’est qu’ils consomment du porc et du saucisson pour que les élevages puisse continuer à produire au même rythme, et donc continuer de payer leurs salariés pour qu’il continue à avoir du travail et ne soit pas au chômage.
Ce qui est quand même assez pervers comme logique. Au final, c’est juste une version un peu plus subtil de demander à des gens de creuser et de reboucher les trous pour qu’ils aient du travail. À un moment donné, il faudrait peut-être se demander : qu’est-ce qu’on est en train de faire là ? Pourquoi est-ce qu’on fait tout ça ? On a tellement pris l’habitude de produire et de consommer certains produits que si les gens se mettent à consommer moins qu’avant, cela est perçu comme un écart à l’ordre normal des choses, à un écart qu’il faut donc corriger en stimulant la demande.
Comme dit notre ministre de l’agriculture, ici, la production n’est plus un moyen de satisfaire les besoins des gens et les devenu une fin en soi, et ce sont nos besoins qui doivent s’y adapter pour que l’on puisse continuer à produire. On dirait un peu la pub pour le yaourt Starlight à la fin du film 99 francs (voir la description).
Alors, bien sûr, si des élevages venaient à fermer, des gens se retrouveraient au chômage, un ce qui, dans la France de 2022, n’est pas une situation très enviable. Et oui, je sais, c’est bien pire dans d’autres pays, mais le pire ne devrait pas être la référence. Mais si le but, c’est d’éviter que des gens tombent dans la précarité, qu’est-ce que c’est vraiment une bonne solution de maintenir leur activité économique coûte que coûte, quitte à stimuler la demande ?
Et pas que stimuler la demande, en passant, Marc Fesneau ne mentionne de nombreuses autres adam. Est-ce que le vrai problème, ce n’est pas plutôt le fait que perdre notre emploi nous plonge dans la précarité, justement ? On pourrait imaginer des programmes de reconversion très ambitieux et très sécurisant pour les anciens d’éleveurs, de telle sorte que la perte de leur emploi ne soit pas vécu comme un traumatisme, mais comme un simple changement d’activité, tout en douceur.
Alors, ok, c’est bien joli tout ça, mais où est-ce qu’on va trouver l’argent ? Et bien, par exemple, dans les aides financières colossales que Marc Fesneau propose pour soutenir l’élevage. Parce que cet argent qui utilisait pour maintenir coûte que coûte la production de viande au même niveau, même quand les gens n’en veulent plus, ce sont des ressources qui ne sont pas investies ailleurs, comme par exemple dans la reconversion de certains éleveurs vers des emplois plus utile à la société.
Et on veut bien sûr débattre de ce qu’on entend par utile à la société, mais ce qui me semble assez clair ici, c’est que c’est un truc x a besoin que l’on stimule la demande pour que les gens en aient artificiellement besoin. D’un le truc x n’est sans doute pas très utile à la société. Et du coup, on pourrait peut-être envisager d’en produire moins afin d’utiliser nos ressources limitées de manière plus pertinente.