Le stoïcisme contre le masculinisme
Aujourd’hui, beaucoup d’hommes sont attirés par ce que l’on appelle le masculinisme. Ils considèrent que notre époque est marquée par une « crise de la masculinité », et ils sont travaillés par des questions du genre : qu’est-ce qu’être un homme au 21e siècle ? Et certains trouvent des réponses dans les mouvements dits masculinistes, où on va leur expliquer comment être un homme, un vrai de vrai. Par exemple, l’influenceur d’extrême droite Julien Rochedy a récemment ouvert une « école de masculinité » (voir la description). En passant, si vous voulez une analyse très détaillée et très intéressante des mouvements masculinistes, je vous conseille les vidéos de F.D Signifier sur le sujet (lien dans la description, mais c’est en anglais).
Bon alors, si vous suivez cette chaîne, vous devez vous douter que le masculinisme, c’est pas trop ma tasse de thé, et que je suis plutôt à l’extrême inverse idéologiquement parlant. Ouais, je suis plutôt du genre à prôner une sorte de déconstructivisme radical qui ferait passer le plus woke des extrémistes woke pour très modéré en comparaison.
Mais j’ai aussi conscience qu’il y a plein de gens qui ne vont pas accrocher à ce discours, parce que ça va juste trop loin à leurs yeux. Mais sans aller jusque-là, il existe une alternative simple au masculinisme, qui me semble être largement préférable et qui sera plus à même de combler la quête de virilité de certaines personnes. Il s’agit du stoïcisme — ou plus exactement du néo-stoïcisme, sa version actualisée.
Alors, attention, je vous arrête tout de suite : mon but ici, ce n’est clairement pas de dire que le néo-stoïcisme c’est trop génial sur tous les plans. Il y a plein de critiques légitimes qu’on pourrait faire, notamment sur son côté très individualiste, et ultimement, c’est pas vraiment ça que je prône. Mais ça me semble être une amélioration nette par rapport au masculinisme, notamment sur ses aspects les plus toxiques.
Mais avant d’expliquer pourquoi, petite parenthèse rigolote : le stoïcisme, c’est quand même vachement plus badass que le masculinisme. L’une des figures majeures du stoïcisme, c’est l’empereur romain Marc Aurèle, qui a dû gérer plusieurs conflits militaires, ainsi que la peste antonine qui a dévasté la population de son empire. Donc, objectivement, qui est le plus gros chad : l’empereur Marc Aurèle ou Jordan Peterson ? Je pense que la question est vite répondue. Bref, même selon des critères virilistes superficiels, le stoïcisme est déjà beaucoup plus crédible que le masculinisme.
Mais qu’en est-il en profondeur ? Eh bien, en profondeur, le masculinisme est caractérisé par l’insécurité et la fragilité — pas la fragilité physique, mais la fragilité au niveau de l’ego. Dans les milieux masculinistes anglophones, l’insulte ultime, c’est « cuck » (cocu) : le mec qui se fait tromper par sa femme, par sa « possession », ce qui est l’humiliation ultime selon des critères masculinistes. En passant, il y a une vidéo très intéressante de Contrapoints sur la psychologie derrière l’insulte « cuck » (lien dans la description).
Et c’est là que le masculinisme se fait mettre KO par le stoïcisme. Le masculiniste va essayer de se construire une armure de force et de virilité, mais sans jamais vraiment questionner les insécurités fondamentales qui motivent tout cela. Par exemple : pourquoi est-ce que je cherche tant à avoir l’air viril ? Pourquoi ça me rend dingue qu’on m’insulte dans un bar ? Pourquoi suis-je à ce point terrifié à l’idée d’être trompé ?
A toutes ces questions, le masculiniste va fuir dans une course effrénée à la virilité, pour au final devenir un petit garçon effrayé entouré de gros muscles (c’est une métaphore).
Alors que le chad stoïcien, lui, va affronter une par une toutes ces questions qui font mal, ces insécurités fondamentales. Si vous lisez les Pensées de Marc Aurèle, c’est tout à fait cet état d’esprit — même si c’est un peu trop poétique à mon goût. Donc, le travail sur soi, le recul sur ses propres pensées, la réflexion sur ses émotions, le tout avec beaucoup de modestie et d’humilité.
Ouais, c’est pas : « Waouh, les femmes, elles veulent coucher avec moi ! Jadis, nous étions des rois, craints et respectés. Où sont passés les vrais hommes ? » Un homme qui enrage de la sorte n’a clairement pas fait son travail d’introspection et de méditation stoïcienne.
L’un des sujets centraux du stoïcisme, c’est l’analyse et la gestion de sa propre colère, justement. Il y a beaucoup de liens qui sont faits entre le stoïcisme et les thérapies cognitives — ce n’est pas pour rien. Et donc, notre masculiniste, quelle que soit la virilité superficielle qu’il pourra construire à partir de là, ce sera comme construire une maison sur des sables mouvants. Quoi qu’il fasse, il restera toxique pour les autres et toxique pour lui-même. Pas terrible.
Et avant qu’on fasse la remarque : votre Jordan Peterson, eh bien, c’est juste la version intello du masque viriliste. Derrière ses beaux discours, il est incapable de réfléchir en profondeur aux insécurités masculines, à commencer par les siennes, parce qu’au lieu de s’y confronter sérieusement, il préfère les justifier avec du déterminisme biologique : « C’est comme ça, c’est la nature masculine, c’est dans l’ordre naturel des choses » — source : l’organisation sociale des homards. Cela le rend incapable de réellement « mettre de l’ordre dans sa chambre », pour reprendre sa métaphore préférée. En passant, si vous voulez voir ce qu’un auteur stoïcien contemporain pense de Jordan Peterson, j’ai mis un lien dans la description — c’est assez salé.
Bref, comme dit au début, je ne suis pas spécialement un promoteur du stoïcisme, même s’il y a des aspects que je trouve intéressants. Mais si vous pensez être en crise de masculinité et que vous ressentez un désir ardent de faire des vrais trucs d’homme viril, eh bien, je pense que le néo-stoïcisme est très largement préférable au masculinisme pour canaliser ce désir — tant pour soi-même que pour les autres et pour la société. En plus d’être beaucoup plus badass, si c’est ça que vous recherchez.
Alors, que pensez-vous de tout ça ? N’hésitez pas à le dire virilement en commentaire.