TikTok et la désinformation

TikTok est le réseau social avec la plus forte croissance aujourd’hui, avec bientôt 2 milliards d’utilisateurs, et il est particulièrement populaire chez les jeunes.

Oui, les jeunes, avec leur TikTok, là, de montant, on regardait des vidéos YouTube de 2h40 sur la nature profonde du capitalisme, et on était raconté comme ça.

Et comme vous le savez sans doute, TikTok appartient à l’entreprise chinoise ByteDance, qui est officiellement indépendante du gouvernement chinois, même si ce dernier a déjà placé de nombreux pions chez ByteDance, et que les PDG qui les critiquent un peu trop ont tendance à mystérieusement disparaître pendant plusieurs mois, comme, par exemple, Jack Ma, le fondateur d’Alibaba.

Alors, TikTok deviendra-t-il l’outil de propagande ultime de la Chine à l’international d’ici quelques années ?

Bon, sur ce point-là, on ne peut que spéculer, même si c’est un genre de spéculation assez important à avoir, je dirais. Je vous renvoie la vidéo de Sergent Fall sur le sujet. Lien dans la description.

Mais dès aujourd’hui, TikTok pose déjà un problème bien connu de ce genre de plateforme : la diffusion massive de théories complotistes et de désinformation.

Un petit reportage de C’est en donne un rapide aperçu. Voir dans la description.

Bon, là, a priori, pas besoin d’imaginer des intentions géopolitiques malveillantes, à moins que.

L’explication la plus plausible, et tout simplement la pas du gain : comme ce genre de vidéo génère davantage d’engagement que la moyenne, elles sont donc davantage recommandées.

Et du coup, si on a le malheur de regarder une plus de 10 secondes, ou pire, de la liker ou de la commenter, on va s’en taper des dizaines d’autres dans son fil.

Bon, alors, rien de nouveau, direz-vous. Ce problème existe déjà sur YouTube, par exemple.

Sauf que dans le cas de TikTok, le système de recommandation a une place absolument prépondérante.

C’est pas juste une sélection de vidéos sur le côté, comme sur YouTube, sur lesquels vous pouvez cliquer ou non.

La liste de vidéos que vous voyez défiler sur TikTok est entièrement déterminé par l’algorithme, et votre seule liberté, c’est de continuer de regarder la vidéo en cours ou de zapper vers la suivante.

Cet algorithme a donc une influence colossale sur ce que des milliards d’utilisateurs vont voir, et en particulier, énormément de jeunes.

Un algorithme qui est une boîte noire contrôlée par une entreprise privée.

Donc, à un moment donné, on peut se poser la question : combien de temps est-ce qu’on va encore accepter cela, qu’un algorithme aussi colossalement influent se privilégie de l’opacité ?

L’argument libéral classique, c’est que si on n’aime pas TikTok, on a qu’à aller consommer des vidéos ailleurs, dans le libre marché des plateformes de vidéos.

Alors, cet argument peut être pertinent lorsqu’il s’agit de choisir une marque de bonbons ou une marque de dentifrice, encore que, mais admettons.

Vu qu’il y a des dizaines de marques de bonbons et de dentifrice qui proposent des produits relativement similaires.

Mais dans le cas des grandes plateformes du numérique, la situation n’est pas du tout comparable, car ces plateformes ont tendance à conquérir férocement le marché de l’attention jusqu’à atteindre une place ultra dominante.

Ce signe notamment grâce à ce qu’on appelle l’effet de réseau.

Ce qui fait la valeur de Facebook, c’est pas que son interface est spécialement meilleur que celle d’un autre réseau social, c’est que pratiquement tout le monde est sur Facebook.

Ce qui maintient les utilisateurs sur Facebook, sans parler de la dimension d’addiction psychologique qui semble encore davantage présente sur TikTok que sur les autres plateformes.

Donc, non, il ne suffit pas d’intimer les gens d’utiliser leur gros libre arbitre bien dur et d’aller voir ailleurs.

D’ailleurs, les gens qui utilisent cet argument libéral, on voit bien les limites à en juger par l’énorme qu’ils ont lorsqu’ils se font bannir de Twitter, par exemple.

Ben, quoi, je croyais qu’il suffisait d’aller voir ailleurs dans le libre marché des réseaux sociaux.

Donc, TikTok est aujourd’hui un acteur majeur dans le marché de l’attention, il va le devenir encore plus dans les années à venir, et son fonctionnement est au pack.

Tout récemment, il a été révélé que les employés de TikTok avaient accès à une sorte de bouton magique leur permettant de surender une vidéo bien précise jusqu’à ce que la taille le nombre de vues désirée. Voir dans la description.

Et l’algorithme de TikTok sera optimisé au mieux pour maximiser cyniquement les profits de l’entreprise en recommandant massivement des vidéos complotistes, par exemple, si c’est ce qui marche le mieux.

Et au pire, pour servir d’outils de propagande d’un gouvernement autoritaire.

Alors, une solution extrême serait d’interdire TikTok purement et simplement, comme l’a fait le gouvernement indien, par exemple.

Mais cela ne résout pas le problème de fond qui se pose également pour les autres plateformes.

En revanche, on peut obliger ces plateformes à se soumettre à certaines règles.

Un bon exemple de cela, c’est le règlement européen RGPD sur la protection des données.

Des entreprises de la tech font énormément de lobbying pour repousser l’adoption de ce règlement, elles ont énormément pleurniché dans les années précédentes en adoption, certaines ont même menacé de se retirer d’Europe s’il était adopté.

Genre, attention, il retient ma respiration.

Mais au final, il a été adopté, et les grandes plateformes du numérique s’y sont bien sagement conformé.

Et ce, quoi qu’on pense de la pertinence ou de l’utilité du RGPD, parce que, bon, même si ça représente une petite contrainte supplémentaire pour ces entreprises, le marché européen ne reste pas moins largement profitable pour elle.

Et on pourrait imaginer un règlement similaire, non pas sur la protection des données, mais sur la transparence des algorithmes de recommandation.

Dit autrement, on devrait exiger que ces algorithmes soient auditables par des groupes d’experts intergouvernementaux, par des chercheurs universitaires, ou par des commissions citoyennes, par exemple.

Alors, là, on est clairement pas sur des algorithmes qui tiennent sur trois feuilles A4 et qu’un humain pourrait lire il comprendra.

En fait, en 2023, il est quasi certain que ces algorithmes utilisent massivement le machine learning, qui consiste à entraîner des modèles opaques avec des milliards de paramètres.

Mais déjà, si on avait accès à l’algorithme de machine learning qui entraîne ce modèle ultra complexe, on y verrait sans doute plus clair.

Et si on a accès au modèle entraîné, et bien, même si c’est une boîte noire, cela permettrait de le tester de manière très rapide et efficace dans toutes les positions et dans toutes les configurations pour voir comment ils réagit à tel ou tel sollicitation, ce qui nous donnerait énormément d’informations sur son fonctionnement, bien davantage que lorsqu’on essaie difficilement de comprendre ce que fait cet algorithme en créant manuellement des comptes et en regardant des centaines d’heures de vidéos.

Et s’il y avait cette règle de transparence, cette exigence d’auditabilité, et bien, cela dissuaderait sans doute en bonne partie ces plateformes d’adopter certains comportements ou de fermer commodément les yeux sur certains problèmes, genre recommandé massivement de la désinformation juste pour faire du clic, ou bien glisser de la propagande politique de manière plus ou moins subtile, que ce soit par la mise en avant de certains contenus politiques, ou plus fourbement en noyant et en invisibilisant certaines informations politiques importantes.

Parce que s’il était avéré que ces algorithmes avaient ce genre de travers, et bien, cela pourrait avoir des conséquences pour ces entreprises allant de la grosse amende à l’interdiction pure et simple, voire même jusqu’à l’emprisonnement de leur dirigeants, ce qui serait quand même relativement dissuasif, surtout par rapport à la situation actuelle où c’est la fête du slip.

Et même si cela était mis en place uniquement en Europe, par exemple, et bien, pour éviter les problèmes, les plateformes comme TikTok seraient contrainte d’utiliser un algorithme de recommandation pas trop malveillant spécifiquement pour les utilisateurs européens, ce qui serait déjà ça de gagner.

Bref, c’est une proposition assez basique, mais qui me semble étrangement peu discuté dans les médias, alors que ces algorithmes ont un pouvoir d’influence colossale aujourd’hui, et tout particulièrement sur des plateformes comme TikTok où ils ont un rôle absolument prépondérant.

Donc, n’hésitez pas à en parler autour de vous, et à montrer cette vidéo à votre tonton conspi sur Facebook.

Et si cette problématique des systèmes de recommandation vous interpellent, alors vous serez très probablement intéressé par le Prophète Tournesol. Lien dans la description.

Alors, que pensez-vous de tout ça ? N’hésitez pas à le dire en commentaire.