La faute à la gauche ?

Bon, alors, récemment, il y avait une émission de télé avec Usul. Là, oui, c’est ce soir avec Karim Rissouli. Lien dans la description.

Et dans cette émission, il y avait un invité particulièrement agaçant, un certain Jean-François Kahn, qui répétait en boucle que, s’il y a une montée de l’extrême droite aujourd’hui, ben, c’est la faute de la gauche.

Bon, en passant, quand on lui demande d’expliquer plus précisément en quoi ce serait la faute de la gauche, il bégaye, il trouve plus ces mots. Voir dans la description.

Et c’est une petite musique que j’entends très souvent : ce qui fait monter les idéologies réactionnaires, ce serait là, face au gauchisme, au progressisme, au wokisme, tout ça, tout ça, ce serait la faute de tous ces militants qui vont trop loin, là, et à cause d’eux, ben, les braves gens, ils votent Le Pen ou Zemmour.

Alors, plusieurs choses à dire.

Déjà, les gens qui tiennent ce discours adoptent souvent la posture du centriste raisonnable, ni de droite ni de gauche, qui observe tout cela d’en haut avec son recul de vieux sage sur sa montagne.

Même si, en pratique, le rosopinion politique suggère qu’ils sont au minimum conservateur, mais passons.

Mais on peut remarquer que ce centriste raisonnable du juste milieu, ben, ils ne tiennent jamais le discours symétrique.

Le discours symétrique, ce serait de dire que, s’il y a une montée de l’extrême gauche, c’est la faute des intellectuels de droite et des éditorialistes du Figaro, par exemple.

Ils ne vont jamais dire : « Oulala, attention, messieurs les intellectuels de droite, vous êtes trop excessif dans vos propos, vous allez braquer des gens, et vous risquez de faire monter l’extrême gauche. »

Et c’est bizarre, quand même.

Si c’était une pure histoire de réactance, ça devrait marcher dans les deux sens, a priori.

Mais pourtant, c’est uniquement aux militants de gauche qu’il demande de se modérer pour ne pas risquer de radicaliser les gens de droite.

Ce qui est un indice assez fort en faveur de la thèse suivante : et si cette posture, c’était du bullshit manipulatoire ?

Et si ce centriste raisonnable était, en fait, beaucoup plus conservateur et réactionnaire qu’il ne le prétendent ?

Et que, lorsqu’ils ont le choix entre :

  1. Petit 1 : faire attention à ne surtout pas braquer les gens de gauche.
  2. Petit 2 : avoir plein d’éditorialistes de droite décomplexées omniprésent dans les médias.

Ben, il préfère clairement la deuxième option.

Ouais, c’est comme si c’était beaucoup plus efficace politiquement de saturer complètement le paysage médiatique et de bien élargir la fenêtre d’Overton en direction de ces idées politiques, de la dilaté comme jamais, plutôt que de bien faire attention à ne surtout pas provoquer la terrible réactance du camp d’en face.

Bref, c’est comme si, au fond, il ne croyait pas eux-mêmes à ce narratif de la réactance.

Et du coup, peut-être qu’au lieu de parler de réactance, il serait beaucoup plus pertinent de parler de backlash, comme le suggère Gaëlle Violet. Voir dans la description.

Non, parce que la réactance, ça suggère une forme de réaction subconsciente et individuelle de braves citoyens déspolitisés.

Ouais, genre, qu’est-ce que vous voulez, ma bonne dame, les gens, ils réagissent comme ça, spontanément, instinctivement, c’est comme ça, c’est dans la nature, on peut rien y faire.

Alors qu’un backlash, c’est une contre-offensive idéologique méthodique et réfléchie.

Et vu comme ça, tous ces intellectuels médiatiques qui disent : « Oulala, attention, vous risquez de radicaliser des gens faire la droite », ben, ils agissent un peu comme des pompiers pyromanes, vu que, concrètement, ils font tout pour créer les paniques morales dont ils font mine de déplorer les effets.

Comme la panique morale savamment élaborée par le Parti républicain américain envers la critical race theory. Voir dans la description.

Non, parce que, de base, les Français ordinaires qui galèrent avec l’inflation, là, ils en ont pas grand chose à cirer que trois féministes aux cheveux bleus aillent coller des affiches en écriture inclusive dans un local d’université.

Pour qu’ils commencent à angoisser sur des trucs aussi dérisoires, il faut vraiment les spammer médiatiquement jour après jour sur CNews, le Figaro, Marianne, Valeurs Actuelles et compagnie, ou sur des chaînes YouTube de mecs sympas, neutres et la politique, mais je ne vise personne.

Alors, oui, certes, il y a parfois des méthodes militantes dont on peut questionner l’efficacité et qui gagnerait à être plus pédagogique, ou peut-être pas.

Sauf que ce qui est demandé en pratique, ce n’est pas que ces militants soient juste plus pédagogique, qu’il fasse juste plus attention à ne pas heurter les sentiments des conservateurs.

Non, ce qui est demandé, ultimement, c’est qu’il mette de l’eau dans le vin de leur revendications en leur suggérant que, s’ils font cela, et bien, cela va apaiser le dieu de la réactance, ce qui leur permettra d’avancer, certes, plus progressivement, vers les progrès sociaux qu’il désirent.

Sauf que, s’ils mettent de l’eau dans leur vin, que pensez-vous qu’il va se passer ensuite ?

Et bien, on aura exactement les mêmes paniques morales à la con qu’aujourd’hui, avec la même fréquence et la même intensité.

Je veux dire, là, on en est déjà rendu à parler régulièrement d’effondrement de la civilisation pour des histoires d’écriture inclusive, de jouets non genrés, ou de réunions féministes non mixtes.

À ce stade, on peut quand même se dire qu’aucune revendication ne sera jamais assez soft, raisonnable et mesuré pour apaiser le dieu de la réactance, précisément parce que ce n’est pas de la réactance innocente et spontanée, justement, mais bien du backlash politique cynique et méthodique.

Et ce discours de faux centriste raisonnable, là, en pratique, il a surtout pour fonction d’affaiblir des revendications progressistes jusqu’à ce qu’elle deviennent quasi inexistante.

Et malheureusement, beaucoup de politiciens de gauche un peu molles se font avoir par cette rhétorique.

Pourtant, il y a eu des progrès sociaux importants par le passé, au cours du XXe siècle, par exemple, notamment sur les droits des femmes, des noirs et des LGB.

Et à l’époque, il y avait une opposition autrement plus musclée qu’aujourd’hui.

Genre, par exemple, le Ku Klux Klan avait infiltré toutes les strates de la société américaine, notamment la police et la classe politique.

Et on avait plein de caricatures de féministes hystériques qui en veulent trop d’un coup avec leur revendications extrémiste et déraisonnable, comme avoir le droit de vote ou pouvoir ouvrir un compte en banque sans l’accord de leur mari.

Bon, et vous connaissez sans doute le discours de Martin Luther King sur le blanc modéré. Bien dans la description.

Je cite :

« Ce blanc modéré qui répète constamment : ’Euh, je suis d’accord avec ton objectif, mais je ne peux pas accepter tes méthodes’, qui conseille toujours au noir d’attendre un moment plus propice. Ouais, un moment plus propice, comme en 2075, par exemple. Non, en 2240, plutôt. »

En passant, si vous découvrez cette citation avec une expression faciale de surprise Pikachu, et que vous pensiez que Martin Luther King était un bisounours, et bien, il y a un article de blog spécialement pour vous, intitulé « Martin Luther King, mais pas le bisounours que tu crois ». Dans la description.

Les prophètes de la réactance oppose les actuels à ceux du siècle passé qui avait des revendications légitimes et raisonnables.

Sauf que, au siècle passé, justement, ces revendications étaient considérées comme déraisonnable, dangereuse et extrémistes.

Et les centristes raisonnables de l’époque leur conseillait déjà de mettre de l’eau dans leur vin.

Genre, abolir totalement l’esclavage ? Oulala, non, ça va trop loin, vous allez braquer des gens, vous risquez de faire monter l’extrême droite, le Ku Klux Klan.

Non, non, il faut avoir des revendications plus raisonnables, comme, je ne sais pas, améliorer les conditions d’esclavage.

Bref, si on avait écouté les Jean-François Ken du siècle passé, on aurait vraiment pas eu beaucoup de progrès sociaux, parce qu’on aurait sans cesse mis de l’eau dans son vin pour ne surtout pas risquer de chatouiller les testicules du dragon de la réactance.

Ouais, on aurait tellement mis de l’eau dans son vin qu’il n’y aurait eu pratiquement plus que de l’eau à la fin.

Alors, plutôt que d’écouter ce que disent ces faux centristes raisonnables, regardons plutôt quelle attitude ils ont face aux idées conservatrices.

Il ne cherche à aucun moment elle est nuancée, elle est tempérée à réduire le audience.

Non, il participe même activement à leur diffusion, et ils élargissent sans cesse la fenêtre d’Overton en direction de leur idéologie.

C’est comme s’ils avaient très bien compris que cette stratégie offensive était beaucoup plus efficace que la stratégie de mettre de l’eau dans son vin, qui suggère son relâche aux militant progressiste avec un air faussement concerné.

Et du coup, plutôt que d’écouter ce qu’ils disent de faire, il faudrait peut-être mieux s’inspirer de ce qu’ils font, à savoir adopter une stratégie offensive.

Et attention, je dis pas qu’il ne faut jamais faire de pédagogie, hein, ça peut être très bien la pédagogie.

Ouais, j’ai même des amis pédagogues.

Je dis juste qu’il faut être très suspicieux envers les injonctions à modérer ces revendications pour ne surtout pas risquer de braquer ou de radicaliser le camp d’en face.

Face à ce genre d’injonction, posez-vous des questions suivantes :

Lorsqu’on regarde la véritable histoire de ces mouvements qui étaient beaucoup moins bisounoursesques qu’on ne le croit.

Alors, que pensez-vous de tout ça ? N’hésitez pas à le dire en commentaire.

Mais de façon très raisonnable et nuancée.

Attention, hein, sinon je risque d’entrer en réactance.

Ouais, je vais devenir le Joker du wokisme, et ce sera de votre faute.

Voilà.