La théorie du ruissellement et ses limites
Bon, alors vous avez tous entendu parler de la théorie du ruissellement, là, cette idée selon laquelle il faudrait laisser les plus riches s’enrichir, ouais, en baissant leurs impôts, par exemple, et ceci afin que leurs dépenses ruissellent dans l’économie. Ouais, genre, par exemple, s’ils achètent des montres de luxe, ben ça va créer des emplois dans l’industrie du luxe. Et s’ils a fait un yacht, ben il faudra tout un personnel de bord pour s’occuper de ce yacht, ce qui va là aussi créer des emplois. Ce qui est très, très la prospérité économique.
Alors, cette théorie est largement critiquée, oui, genre première phrase de l’article Wikipédia : « La théorie du ruissellement est une hypothèse économique non démontrée et critiquée par une majorité d’économistes. » Et je vous laisse lire le reste de l’article. En passant, pour ceux qui penseraient que « Oh, quand même, la théorie du ruissellement, c’est pas si mal », le lien dans la description.
Et donc, la plupart de ces critiques consistent à expliquer que « ben non, ça ne ruisselle pas », voire même souvent que « ça va faire l’inverse ». Mais imaginons un instant que cela fonctionne et qu’un abondant ruissellement asperge nos visages dans une expression de reconnaissance esthétique. Est-ce que ce serait bien ? Ben, pas vraiment, en fait.
Une des limites du discours économique, c’est qu’il se concentre sur des abstractions comme le PIB, le pouvoir d’achat, la croissance, ou la fameuse création de valeur. Et du coup, on peut vite oublier de se demander ce qu’il y a derrière ces abstractions. Et derrière une hypothétique prospérité économique découlant du ruissellement, il y a quelque chose d’assez à savoir une société de maître et de domestique.
Lorsqu’on se représente des échanges économiques de base, on va plutôt penser à des efforts assez horizontaux, genre le matin, Bob le plombier achète une chocolatine chez Alice la boulangère, et l’après-midi, Alice la boulangère appelle Bob le plombier pour réparer son évier. Oui, chacun fait sa petite part dans la société, l’argent circule, youpi, tralala, c’est merveilleux. Mais dans une société du ruissellement, la plupart des emplois sont des emplois de laquais : fabriquer des montres de luxe, des sacs de luxe, des voitures de luxe, entretenir de grandes propriétés non débitées 9 mois par an.
Et quand bien même tous ces emplois seraient très correctement payés, il ne reste pas moins que, à l’échelle de la société, cela revient à utiliser nos ressources de manière assez pit. Ici, je dis ressources au sens très large : matière première, main d’œuvre, énergie, créativité.
Récemment, je suis tombé sur une vidéo de Tik Tok qui illustre parfaitement cela (lien dans la description). Dans cette vidéo, un type fait visiter son immense villa à Dubaï, à plus de 100 millions de dollars, avec entre autres un ascenseur en or, un cinéma privé, et une écurie d’environ 30 voitures de luxe. Oui, environ 30, car le type ne se souvient même plus du nombre exact. Bref, toutes ces ressources, tous ces personnels, tout ça pour augmenter de façon très marginale le bonheur d’un seul individu. Et encore, rien ne dit qu’il est plus heureux que la moyenne dans son grand manoir qui ressemble à un centre commercial vide.
Donc, même si tous ces domestiques étaient bien payés, ainsi que tous les travailleurs qui ont participé à la production des objets de luxe qu’il consomme (ce dont je doute très fortement au passage, mais admettons), ben, on est quand même sur du gâchis de compétition. Là, c’est comme si des planètes entières étaient mobilisées pour fabriquer le PQ en diamant qui sert à torcher le cul de l’empereur de la galaxie. Oui, c’est une très belle image mentale. Je vous laisse deux secondes pour vous en imprégner.
Alors que toutes ces ressources pourraient servir à je ne sais pas, augmenter la qualité de vie du reste de la population, avoir de meilleures hôpitaux, de meilleures écoles, ce genre de truc. Et là, je ne parle même pas d’une société égalitaire, non, grandieux, ce serait le communisme, et donc 400 quadrillière de mort. Là, je parle juste de faire quelques pas dans le sens de la redistribution, déjà. Pour commencer, il vu le degré d’inégalité extrême duquel on parle, on a vraiment de la marge.
Bref, avant de se demander si ça ruisselle ou pas, s’il y a ou non de la croissance ou de la création de valeur ou autres abstractions économiques, on pourrait déjà se demander : qu’est-ce qui est produit concrètement ? À quoi sont utilisées les ressources ? À quoi est employée la main d’œuvre ? Et, partant de là, est-ce que ces ressources et cette main d’œuvre ne pourraient pas être mieux utilisées ? Oui, la réponse est oui.