L’extrémisme est une question de point de vue

Bon, alors, petite annonce préliminaire : mes journées deviennent de plus en plus stressantes et ça ne va pas s’arranger dans les mois à venir. Du coup, pour gagner du temps, je vais devoir me forcer à faire une chose pour laquelle je suis très, très, très mauvais – comme vous vous en rendez peut-être déjà compte – à savoir enregistrer ces capsules d’une seule traite, sans aucun montage, comme le font de plus en plus de chaînes qui postent des extraits de stream sur Twitch. Tant pis si le résultat est un petit peu dégueu, parce que si je ne m’y mets jamais, je ne vais jamais améliorer ma diction et c’est un cercle vicieux. Bref, début de la capsule.

Condamner « les extrêmes »

Il y a beaucoup de discours politiques qui fustigent « les extrêmes ». Par exemple, récemment, le maire de Saint-Brevin avait vu son domicile incendié parce qu’il voulait ouvrir un centre d’accueil de réfugiés, suite à quoi le gouvernement s’est empressé de condamner « les extrêmes ». Oui, donc d’un côté, des gens qui essayent de tuer un maire pro-réfugiés, et de l’autre, des gens qui cassent des vitrines dans des manifs. Ouais, donc les deux faces d’une même pièce, le yin et le yang, hashtag « aMeLiTeS ».

Bon, ça c’est le cas le plus classique, qui consiste à renvoyer dos à dos l’extrême droite et l’extrême gauche. Mais on peut retrouver le même discours sur d’autres axes de polarisation. Mais est-ce bien pertinent de condamner l’extrémisme en général, ou bien la radicalité en général ?

L’extrémisme est relatif

Par exemple, si comme moi vous avez reçu environ 50 doses de vaccin Covid, vous n’allez pas vous considérer comme un extrémiste – juste comme une personne qui suit les recommandations de santé de la communauté scientifique. Mais du point de vue d’une personne anti-vaccin, en revanche, vous serez une sorte d’extrémiste pro-vaccin avec des positions radicales du genre « il faudrait vacciner toute la population ». Oui, toute. Du point de vue d’un antivax, c’est une forme de radicalité vaccinale terrifiante.

Autre exemple : si vous pensez comme moi qu’il faut écouter les recommandations du GIEC et en tirer les conclusions qui s’imposent, même celles qui piquent un peu, là encore, vous vous considérez simplement comme une personne raisonnable qui écoute la communauté scientifique. Mais du point de vue d’un libéral productiviste et légèrement climatosceptique, vous serez peut-être vu comme un activiste qui veut ruiner notre productivité économique au nom d’une religion apocalyptique du climat et nous faire bouffer des insectes.

Autre exemple encore : si vous êtes – pas comme moi cette fois-ci – d’accord avec les politiques néolibérales d’Emmanuel Macron, vous vous considérerez sans doute comme quelqu’un qui fait simplement preuve de bon sens économique, de sérieux économique. Mais du point de vue d’un économiste de gauche, par exemple, vous serez vu comme une sorte d’extrémiste de la dérégulation, radicalisé par le mythe de la main invisible du marché.

Et bien entendu, tous ces exemples pourraient être inversés.

La radicalité n’existe pas dans l’absolu

Bref, tout ça pour illustrer une chose assez évidente, mais pas évidente pour tout le monde apparemment : parler d’extrémisme ou de radicalité, ça n’a de sens que par rapport à une certaine orientation politique. Extrême gauche, extrême droite, radicalisme écologique, radicalisme productiviste… Ça n’a pas de sens de critiquer l’extrémisme ou la radicalité dans l’absolu, indépendamment de tout contexte.

Vous avez probablement des positions que vous considérez comme parfaitement raisonnables sur certains sujets, et que d’autres personnes considèrent comme dangereusement radicales. Et ça n’a rien d’incohérent, c’est juste une question de point de vue.

Si je critique l’extrême droite, par exemple, ce n’est pas parce qu’il y a le mot « extrême » et que l’extrémisme c’est mal. Non, c’est parce que cet extrémisme-là pointe dans une direction que je ne trouve pas très sympathique.

Et lorsqu’on parle de « lutter contre la radicalisation en ligne », par exemple, le sous-entendu ici c’est qu’on est déjà d’accord sur quels types de radicalisation sont néfastes, et donc le débat ne porte que sur la manière d’y parvenir. Mais lorsqu’on dit ça, il faut garder à l’esprit que c’est un raccourci, et que le problème ce n’est jamais la radicalité en soi, mais la radicalité dans certaines directions que nous jugeons néfastes.

D’ailleurs, vouloir éradiquer toutes les formes de radicalité, n’est-ce pas un peu… radical ?

N’hésitez pas à dire ce que vous en pensez en commentaire.