La bodyCam et les violences policières
Lorsque l’on parle de violences policières, à un sujet qui revient souvent, c’est celui de la bodyCam, donc une caméra portative que le policier fixe sur son torse et qui permet de filmer les interpellations, enfin en théorie, du moins. Donc, techniquement, on sait faire à un certain nombre de policiers en sont déjà équipés, mais il se trouve qu’en pratique, la bodyCam est très peu utilisée.
Dans de nombreux articles sur les bavures policières, il est mentionné que, Obama, alors la batterie de la bodyCam était déchargée, ou alors elle ne sait pas correctement allumée, ou alors il y a eu un problème technique qui rend la vidéo inexploitable, ou alors le policier a oublié de l’apprendre le matin. Oui, c’est vraiment ballot, tout ça. Bref, on pourrait se risquer à émettre l’hypothèse qu’il y aurait peut-être un certain manque de bonne volonté dans l’usage de la body gamin.
Pourtant, l’usage de la bodyCam, c’est un truc qui devrait théoriquement faire consensus, et ce que vous ayez une opinion favorable ou défavorable de la police. En effet, dans de nombreux cas d’interpellation qui se passe mal, on se retrouve avec deux versions : la version de la police, qui de la généralement dire que les policiers ont agi dans leur bon droit et conformément à la loi, et la version des interpellés ou des témoins présents lors de l’interpellation, qui vont affirmer qu’il y a eu des abus inacceptables de la part des policiers.
Donc, si vous êtes plutôt critique de la police, un usage systématique de la bodyCam devrait vous aider à prouver que oui, il y a un problème de violence systémique dans la police. Et inversement, si vous êtes plutôt un défenseur de la police, un usage systématique de la bodyCam devrait vous aider à prouver que la police agit presque toujours de façon correcte et professionnelle, à part peut-être deux ou trois mauvais flics, pas du tout représentatifs.
Et justement, la bodyCam devrait alors aider à identifier ces mauvais flics non-représentatifs afin de les sanctionner pour qu’il ne salissent plus la réputation des forces de l’ordre.
Bon, alors bien sûr, on peut imaginer des situations où, même avec un enregistrement de médicament, il restera encore des ambiguïtés dans l’interprétation de la situation, mais statistiquement, ça devrait quand même réduire pas mal d’ambiguïté. Et dans le contexte actuel, qui est très tendu, toute réduction d’ambiguïté est bonne à prendre.
Et du coup, une idée pourrait être de rendre l’usage de la bodyCam obligatoire lors de chaque interpellation. Alors, je vais passer sur quelques objections.
Un argument que j’ai vu pas mal de fois, c’est que filmer chaque interpellation, ce serait un peu « Oh là là, la surveillance généralisée, Orwell 1994 ». Et oui, on doit être critique de la surveillance électronique généralisée avec des caméras partout. Sauf que, une interpellation, ce n’est pas une situation ordinaire de la vie de tous les jours, c’est une situation ponctuelle, spécifique, avec une certaine gravité, et qui engage l’institution judiciaire.
Ce n’est pas comme lorsqu’on fait ses courses chez Monoprix et qu’on est filmé par 25 caméras de sécurité à son insu. Il y a d’autres situations spécifiques où l’usage d’une caméra nous semble normal, comme lorsqu’on retire des billets au distributeur, par exemple. Il y a généralement une petite caméra sur le distributeur pour filmer une éventuelle agression, et ce serait bizarre d’être d’un côté largement indifférent au fait qu’il y a 40 000 caméras de sécurité dans l’espace public, et d’un autre côté, sortir l’argument de la surveillance orwellienne dans une situation très spécifique où, pour le coup, l’usage de la caméra semble très important et pleinement justifié.
Bon, et en général, les gens qui dénoncent les violences policières ont plutôt tendance à être favorables à l’usage de la body gamin, donc du coup, il s’agirait de protéger la vie privée de qui exactement ? Des policiers ? Le droit à faire une interpellation sans qu’on sache exactement ce qui s’est dit ou ce qui s’est passé, et qu’on fasse confiance au rapport de police en mode « Trust ben non ». Encore une fois, une interpellation, ce n’est pas une situation de la vie de tous les jours, comme aller faire ses courses.
Un autre argument, c’est : peut-on vraiment blâmer un policier si la caméra est déchargée ? Ben, on pourrait considérer, par exemple, que si la caméra d’un policier n’est pas fermée, alors il est au chômage technique, et qu’il doit aller la recharger avant de procéder à d’autres interpellations. Alors, oui, évidemment, s’il s’agit de stopper un terroriste sur le point de se faire exploser dans une école maternelle, la caméra refervée ou pas, l’urgence de la situation justifie une intervention.
Mais pour la très grande majorité des interpellations, genre les contrôles de sécurité routière, par exemple, aucun lien avec l’actualité, et bien, si la caméra est déchargée, ça ne semblerait pas déraisonnable d’aller d’abord la referver, et ensuite, on reprend les interpellations de routine.
Et certains ont suggéré que, faute d’enregistrement de médicaments, ce serait la version des personnes interpellées que la justice devrait prendre en compte, en laissant entendre malicieusement que si c’était le cas, on aurait aussi tôt un taux de referment de bodyCam proche de 100%, et très peu de vidéo mystérieusement inexploitable.
Et enfin, dernière argument, pas mal de gens m’ont fait remarquer que puisque les policiers ne vont pas l’utiliser, alors ça ne sert à rien de rendre la bodyCam obligatoire. Mais c’est prendre le problème par le mauvais bout, il me semble.
En gros, du point de vue des militants contre les violences policières, réclamer l’obligation de la bodyCam, c’est win-win. Soit l’usage de la bodyCam devient effectivement systématique, auquel cas c’est ça de gagner. Soit il ne l’est toujours pas, et dans ce cas, lors d’une interpellation qui s’est mal passée, ils auront un ascendant moral très très fort pour pointer du doigt les policiers qui n’ont pas allumé leur body gamin, alors que c’était obligatoire.
Et ce, quel que soit les sanctions internes à la police pour ce non-usage de bodygame. Dit autrement, si on se retrouve avec plein d’affaires de bavures policières où la bodyCam n’a pas été utilisée, alors que elle était obligatoire, mystérieusement pas fonctionné, ou je sais pas quoi. Bref, si on se retrouve avec plein d’affaires de ce genre, alors il sera beaucoup plus facile de rallier l’opinion publique au discours qui dénonce les violences policières.
Bref, si la bodyCam est rendue obligatoire, bah pour chaque interpellation qui se passe mal, soit elle aura été utilisée, ce qui permettra d’y voir un peu plus clair, soit elle n’aura pas été utilisée, et dans ce cas, il sera beaucoup plus facile de dénoncer les abus de policiers qui ne se sont pas soumis alors obligations d’allumage de body gamin, surtout si ça se produit très très régulièrement.
Alors, oui, je sais, réclamer l’obligation de la bodyCam, c’est vraiment une revendication d’antifah, radicalisée, de la Turbo ultra-gauche, de l’extrême, mais bon, vu qu’il y a d’autres chaînes YouTube qui réclament le droit à pouvoir tirer dans la foule sans sommation, je me disais que ça équilibrer un petit peu.