Le cannabis et le marteau-pilon du bon sens
Aujourd’hui, on va parler de la drogue. Plus précisément, de l’attitude de la France par rapport au cannabis. Comme vous le savez peut-être, au niveau international, on est dans une période d’assouplissement des législations par rapport au cannabis – aux Etats-Unis, au Canada, au Portugal. Mais il y a un petit village irréductible gaulois qui résiste à cette tendance : la France. Et pas n’importe laquelle : celle de Gérald Darmanin, dont l’attitude rappelle la « War on Drugs » de Richard Nixon il y a 50 ans. En gros : le cannabis, c’est mal, et donc il faut réprimer très, très fort. Et si ça ne fonctionne pas, eh bien, ça veut dire qu’il faut taper encore plus fort. Voilà.
En passant, si vous pensez que « la drogue, c’est mal » et que vous considérez par ailleurs la consommation d’alcool comme quelque chose de normal et d’acceptable, je vous invite à m’expliquer en commentaire en quoi l’alcool est autre chose qu’une drogue psychoactive à vocation récréative. Auquel cas, je vous souhaite bon courage.
Bien sûr, ce que pense Gérald Darmanin au fond de son petit coeur, on s’en fiche un peu. S’il tient ce discours politique, c’est avant tout parce que ça plaît à un certain électorat. Un électorat qui a une conviction morale profondément ancrée du genre « la drogue, c’est mal », une conviction qui nous dispense de toute documentation, de toute réflexion et de toute remise en question sur le sujet.
Et là, je ne parle pas de faire une these de doctorat de 400 pages sur les différentes législations sur le cannabis – même si ce serait très intéressant. Non, je parle vraiment d’un effort minimal de curiosité, de renseignement et d’ouverture d’esprit, un truc qui est à la portée de tout le monde. Par exemple, cela pourrait éventuellement amener à réaliser que l’approche française ultra-répressive est également ultra-inefficace, vu que la France a le niveau de consommation de cannabis chez les jeunes le plus élevé d’Europe. Mais lorsqu’on sait, au fond de son petit coeur, que la répression, c’est la bonne chose à faire, on est dispensé de considérer ne serait-ce que l’éventualité de la possibilité d’une remise en question.
Pour prendre un sujet encore plus touchy, on pourrait parler de la distribution gratuite de seringues aux consommateurs d’héroïne, pour éviter les contaminations par seringues usagées. A la simple énonciation de cette phrase, vous avez peut-être une petite voix intérieure qui vous hurle : « Mais qu’est-ce que c’est que ces conneries ! L’héroïne, c’est de la saloperie, on va pas leur filer du matériel gratuit en plus, ces toxico, là ! »
Et donc, à ce moment, on a un choix à faire. Soit on écoute cette petite voix rassurante du prétendu bon sens, qui nous dispense ne serait-ce que de l’effort de réflexion le plus minime. Soit on écoute une autre petite voix qui nous dit : « Attends, cette histoire de distribution de seringues gratuites, est-ce que ça n’aurait pas déjà été testé à certains endroits dans le monde, par hasard ? Et si oui, qu’est-ce que ça a donné ? Est-ce que la situation a globalement empiré ou s’est globalement améliorée ? Mais au fait, quels criteres est-ce que je devrais prendre en compte pour évaluer si la situation s’est améliorée ou dégradée ? Est-ce que c’est vraiment aussi simple que ça en a l’air ? » Etc., etc.
En passant, lorsque quelqu’un souleve ce genre de considérations dans un débat télé face à un politicien, si le politicien veut séduire un certain électorat, plutôt que de répondre sur ces différents points, il est souvent beaucoup plus efficace d’utiliser le marteau-pilon du bon sens et de dire, pour reprendre les termes de Darmanin : « La drogue, c’est de la merde. »
Bref, mon but ici, ce n’est pas d’argumenter en faveur de telle ou telle législation sur le cannabis. Parce qu’en France, avant d’avoir un probleme avec le cannabis, on a surtout un probleme avec la maniere dont on aborde certaines questions de société dans le débat public. Que ce soit la dépénalisation du cannabis ou autre chose, il y a un discours facile pour de nombreux politiciens qui consiste à rejeter en bloc toute tentative de réflexion à grands coups de « bon sens ». Et ce discours facile, au lieu de ridiculiser et de décrédibiliser les politiciens qui le tiennent, leur permet de gagner en popularité, voire de se faire élire. Et ça craint. Et il faudrait que ça change.
Si vous voulez en savoir davantage sur la drogue en tant que question de société, je vous invite vivement à découvrir la chaîne « Le Sage drogué », qui a encore très peu d’abonnés et qui propose des réflexions très intéressantes sur le sujet (lien dans la description).
Alors, que pensez-vous de tout ça ? N’hésitez pas à le dire en commentaire.