Compréhension ou pression vis-à-vis des politiciens

Une réflexion que je vois souvent, c’est la suivante : nous devrions être compréhensifs envers tel ou tel politicien lorsqu’il propose une idée qui nous déplaît, parce que, en proposant cette idée, il essaie de rassembler un plus large électorat. Bon, c’est peut-être pas très clair, alors donnons un exemple.

Imaginons que vous vivez dans un pays imaginaire, et que dans ce pays imaginaire, il y a un politicien assez proche de vos idées que nous appellerons Monsieur Patate. Oui, je donne un exemple imaginaire, car je suis totalement neutre et apolitique, comme vous le savez, mais vous pourrez facilement trouver des exemples réels par vous-même.

Dans les propositions politiques de Monsieur Patate, il y a plusieurs idées qui vous plaisent bien, comme par exemple l’augmentation du salaire minimum, le développement des énergies renouvelables, et l’interdiction de la pizza à l’ananas. Mais il y a une idée qui vous plaît beaucoup moins : le rétablissement de la peine de mort.

Mais lorsque vous râlez contre cela sur les réseaux sociaux ou repas de famille, des militants patétistes (oui, donc des militants du parti de Monsieur Patate, donc des militants patatistes) vont vous dire : « Oui, bon, OK, le rétablissement de la peine de mort, c’est pas fifou, mais essaye de comprendre, Monsieur Patate. Une large partie de l’électorat est favorable au rétablissement de la peine de mort. Monsieur Patate essaie juste de rassembler un électorat plus large. »

Autrement dit, il faudra être compréhensif envers Monsieur Patate lorsqu’il se dit favorable au rétablissement de la peine de mort. Bon, alors l’analyse du militant patatiste pourrait très bien être complètement erronée, mais pour que ce soit un minimum intéressant, imaginons que ce soit vrai.

Imaginons que Monsieur Patate augmente effectivement ses chances d’être élu en se disant favorable à la peine de mort, par rapport à une réalité alternative où il n’y serait pas favorable. Donc, là, dans cette situation, qui a raison ? La personne qui râle ouvertement contre Monsieur Patate ou celle qui dit qu’il faut être compréhensif envers lui ?

Bon, comme le suggère le titre de la vidéo, ma thèse ici, ça va être la personne qui a raison, c’est celle qui râle, et je vais expliquer pourquoi. Imaginons que toutes les personnes opposées à la peine de mort soient effectivement compréhensives envers Monsieur Patate et acceptent de mettre de l’eau dans leur vin sur cette question afin afin qu’il puisse augmenter ses chances d’être élu.

Bon, et de l’autre côté, les personnes favorables à la peine de mort, ben elles sont favorables à la peine de mort. Du coup, du point de vue de Monsieur Patate, qu’est-ce qui se passe ? Bon, voyons, voyons. HM, d’un côté, il y a des gens favorables à la peine de mort, et de l’autre, des gens qui n’y sont pas favorables, mais qui sont compréhensifs envers moi lorsque je dis que j’y suis favorable.

Du coup, ben j’ai effectivement tout intérêt à me dire favorable au rétablissement de la peine de mort. Autrement dit, d’un côté, on a des gens qui font pression en faveur de la peine de mort, et de l’autre, des gens qui renoncent à faire pression contre, parce qu’ils sont compréhensifs envers Monsieur Patate, et du coup, ben c’est la peine de mort qui gagne.

Ce que je voudrais souligner ici, c’est qu’il y a deux positions très différentes dans le jeu politique. D’un côté, il y a la position de 99% des gens qui peuvent être favorable ou non à telle ou telle idée politique, et de l’autre, il y a la position des politiciens et de leurs militants proches qui essayent de proposer un package d’idées optimal pour maximiser leur chance d’être élus, moyennant éventuellement quelques petits arrangements avec leur conscience.

Et ce qui va déterminer le contenu de ce package, ou du moins l’influencer, ben c’est la position de 99% des gens sur telle ou telle idée politique. Donc, oui, effectivement, Monsieur Patat joue à un jeu d’équilibriste compliqué en essayant de trouver un package d’idées qui va maximiser ses chances d’élection, mais lorsqu’il fait ça, notre rôle de citoyen, c’est pas d’être compréhensif envers lui.

Notre rôle, c’est de lui mettre la pression en direction de nos idées politiques, parce que si on renonce à lui mettre la pression, ben il va très probablement s’éloigner de nos idées politiques afin de séduire un électorat qui défend les idées opposées et qui lui n’aura pas renoncé à lui mettre la pression.

Bon, alors bien sûr, si on est un militant proche de Monsieur Patate ou que les élections approchent, vous savez ce moment où il va falloir choisir entre les nucléations et l’arrachage d’ongles à vif. Bon, là, OK, à la limite, on peut faire preuve d’une certaine compréhensivité.

Mais quand je vois des gens tenir ce discours de « il faut être compréhensif avec ce politicien » 3 ou 4 ans avant les élections, ben bravo, vous avez juste renoncé à votre seul minuscule pouvoir de citoyen ordinaire en matière de politique électorale, du moins à savoir mettre la pression aux politiciens en faveur de vos idées.