La barre des 5 % aux élections européennes

Bon alors, dans pas longtemps il y a les élections européennes, et ces élections ont la particularité d’avoir un mode de scrutin à la proportionnelle. Le nombre de députés de chaque parti politique sera proportionnel au nombre de voix qu’il obtient.

Et là, vous vous dites : « OK, super ! Cette fois, je vais enfin pouvoir voter pour le parti qui me correspond le plus — ou qui me dégoûte le moins — sans devoir me soumettre à l’ignoble dilemme du vote utile, comme pour l’élection présidentielle par exemple. » Eh ben non. Toujours pas. Vu que seuls les partis qui auront plus de 5 % des voix se partageront les places de députés disponibles.

Du coup, il y a quand même un dilemme du vote utile, parce que si le parti pour lequel vous aimeriez voter risque de faire moins de 5 %, ben vous risquez de mettre votre voix à la poubelle, ce qui favorisera indirectement le bord politique opposé.

Et question très bête, mais : pourquoi cette barre des 5 % ? Pourquoi est-ce qu’on ne la supprime pas tout simplement ? Oui, je sais, c’est très basique ce que je suis en train de dire, mais je vois très peu de protestation contre cette barre des 5 %, alors que pratiquement tout le monde est d’accord pour dire qu’elle est au mieux inutile et au pire antidémocratique, puisqu’elle exclut de fait les petits partis de la représentation politique.

Alors bien sûr, les gros partis politiques ont tout intérêt à ce que cette barre soit maintenue, vu que si on la supprimait, les petits partis pourraient obtenir des sièges de députés, ce qui ferait moins de sièges pour eux. Du coup, si l’idée de supprimer cette barre était amenée dans le débat public, on verrait sans doute des représentants de ces gros partis générer des arguments ChatGPT pour défendre la barre des 5 %.

Par exemple, j’imagine qu’ils diraient que ça permet une plus grande lisibilité politique en évitant une trop grande fragmentation, ce qui risquerait de « confusionner » le petit cerveau de nos concitoyens. Non, il faut garder un paysage politique clair et lisible où seuls eux sont représentés, pour le bien du plus grand nombre, bien évidemment.

Bon, j’ose espérer que la majorité des gens verrait l’hypocrisie d’un tel argument. Mais OK, imaginons qu’il y ait des gens qui soient vraiment très angoissés par une hypothétique perte de lisibilité politique, au point d’en perdre le sommeil la nuit. Eh ben, on peut imaginer plein de solutions simples pour éviter cela. En voici une, par exemple : si un parti politique a pu se présenter à la dernière élection présidentielle, alors il ne sera pas soumis à la barre des 5 % aux élections européennes.

Bon, c’est pas idéal non plus, vu que la règle des 500 parrainages peut également exclure certains partis. Mais si déjà on faisait ça, il y aurait davantage de partis susceptibles d’être représentés au Parlement européen — genre, typiquement, le NPA.

Et pour les partis qui n’auraient pas assez de voix pour obtenir au moins un siège, on pourrait imaginer un système leur permettant de reporter leurs voix sur un autre parti politique aux idées proches.

Bref, j’ai pas tellement de choses à dire ici, parce que j’imagine que si on faisait un référendum sur la question demain matin, une majorité écrasante de Français serait favorable à la suppression de cette barre des 5 %. Mais du coup, faisons-le savoir, bordel ! A l’approche de chaque élection européenne, on devrait voir fleurir des pétitions allant en ce sens, soutenues par les petits partis politiques discriminés par cette règle absurde, afin que les médias en parlent ne serait-ce qu’un peu.

Ouais, construisons un grand cheval de trois mètres en forme de 5 %, faisons-le traverser tout Paris jusqu’à la Place de l’Europe, et foutons-y le feu façon Burning Man.

Alors, que pensez-vous de tout ça ? N’hésitez pas à le dire en commentaire.