La mentalité « travailler trop pour gagner trop »
Bon, alors récemment, il y avait une grève des médecins généralistes libéraux qui réclamaient notamment une augmentation du tarif des consultations (source dans la description). Et certains ont pu ressentir un certain agacement face à ce mouvement social, entre guillemets, parce que bon, d’habitude, ce qui justifie un mouvement social, c’est le fait que les personnes concernées ont du mal à joindre les deux bouts, ou un truc du genre.
Et là, ben on parle de gens qui gagnent plusieurs fois le salaire français médian, autrement dit des gens qui possèdent des tunes qui sont à l’aise financièrement, comme disait le philosophe David Castello Lopez. Et du coup, comment justifiait-il le fait de réclamer encore plus de Tune ? Et bien par le fait qu’il travaille énormément, genre entre 50 et 60 heures par semaine, selon leur Dia.
Et là, c’est un peu étrange. Déjà, saviez-vous qu’il existait des médecins généralistes salariés ? Oui, c’est bête ce que je dis, mais j’ai fait un petit sondage sur Twitter, et une personne sur deux ignore qu’il existe des médecins généralistes salariés. Vu qu’on parle surtout des médecins libéraux dans les médias, c’est-à-dire des médecins qui travaillent dans un centre de santé public ou privé avec un secrétariat et du matériel médical fourni, avec des horaires fixes, un salaire fixe, des congés payés, et un droit au chômage, et qui gagne en moyenne 5000 € net par mois (source dans la description).
C’est pas rien, c’est pas 3 €, ouais. Dans ma dystopie communiste, il n’y aura que des médecins salariés qui survivent péniblement avec 5000 € net par mois. Bon, OK, mais là, on pourrait se dire peut-être que ces postes de médecins salariés sont réservés à une petite élite. Oui, peut-être qu’on s’entretue pour décrocher ces précieux postes, et que la majorité des médecins doivent se résigner, la mort dans l’âme, à exercer de façon libérale.
Sauf que non, beaucoup de personnes choisissent d’être médecin libéral parce que cela offre la perspective de gagner beaucoup plus d’argent qu’un médecin salarié. Donc, OK, prenons comme référence un poste de médecin salarié à 5000 € nets par mois, ce qui offre une certaine quantité de temps libre. Ben visiblement, il y a des gens qui considèrent que ça vaut le coup d’avoir moins de temps libre qu’un médecin salarié pour gagner davantage que 5000 € net par mois.
Bon, et là, j’ai pris l’exemple des médecins généralistes, mais ça pourrait s’appliquer à de nombreuses professions libérales où il y a ce genre de mentalité, un peu carnaière, c’est qu’on pourrait appeler la mentalité « travailler trop pour gagner trop », pour parodier le slogan de campagne de Nicolas Sarkozi.
Bon, là, je dois faire un petit préchot : il y a des gens qui vont dire « Flanx, comment oses-tu ? Comment oses-tu remettre en question les choix de vie de ces personnes ? Tu remets en question leur liberté, tu veux les contraindre à faire autre chose, comme dans 1984 de George Orwell ».
Alors, déjà, on se calme. Je n’ai pas de pouvoir psychique me permettant de contraindre les choix des gens. Et par ailleurs, je ferai remarquer que les médecins libéraux ne sont pas les derniers à critiquer les choix de vie des autres personnes, loin de là, genre des gros fragiles qui travaillent moins de 50 heures par semaine ou qui prennent des vacances là.
Et c’est leur droit le plus absolu, mais du coup, j’ai aussi le droit de tenir un discours critiqu différents, d’autant plus que les gens qui ont ce genre de mentalité ont tendance à occuper des postes de pouvoir, ou du moins des postes haut placés dans la hiérarchie sociale, et donc à façonner la société à leur image d’une certaine manière.
Comme Macron lorsqu’il disait « Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires ». Oui, c’est une vision du monde, une vision du monde qui peut amener à faire des réformes politiques cohérentes avec cette vision du du monde. Bref, donc oui, trigger warning, je m’apprête à critiquer les choix de vie des gens qui choisissent de sacrifier tout leur temps libre pour gagner des quantité d’argent astronomique, parce que, à partir d’un certain stade, ça pose quand même la question de l’utilité de gagner de l’argent.
Alors, bien sûr, personne n’aime vivre dans le stress financier, ne pas trop savoir comment on va payer le loyer ou les factures à la fin du mois. Oui, lorsqu’on est dans cette situation, vouloir gagner davantage d’argent est tout à fait légitime. Sauf que là, on est très au-delà de la problématique de la précarité financière. J’espère que c’est clair.
Bon, et une fois qu’on est sorti de la précarité financière, davantage d’argent permet d’augmenter son confort de vie objectif : avoir un appartement plus grand, pouvoir aller au resto de temps en temps, pouvoir voyager. Et avec 5000 € net par mois, il me semble raisonnable de dire qu’on commence à atteindre une certaine saturation en terme de confort matériel objectif, dans le sens où davantage d’argent ne permettra d’augmenter que très marginalement ce confort objectif.
Genre acheter un écran plat turbolasma XXL du cyberespace à 3000 € au lieu d’un vulgaire écran plat à 1000 €. Oui, bon, l’incrément de bonheur commence à devenir très, très limité là. Sauf que pour jouir de ce confort objectif, et bien il faut une certaine quantité de temps libre.
Et pour rappel, les médecins généralistes en grève justifient leur revendication par le fait qu’ils travaillent 50 ou 60 heures par semaine, ce qui sous-entend que travailler à temps plein est quelque chose qui leur coûte, que ce n’est pas 50 ou 60 heures de pur plaisir. Et si ce travail leur coûte, c’est parce qu’il entre en compétition avec leur temps libre le soir ou le weekend.
Et c’est là que ça devient bizarre : gagner davantage que 5000 € par mois n’offre qu’un incrément de bonheur très limité, alors qu’une réduction massive de temps libre représente une réduction de bonheur significative. Du coup, ils se retrouent dans une situation où ils ont énormément d’argent et extrêmement peu de temps libre pour jouir concrètement de cet argent, ce qui peut conduire à des dépenses compulsives, genre acheter une voiture de sport hors de prix ou voyager en business class.
Mais est-ce que cette voiture de sport achetée compulsivement compensera toutes ces heures de temps libre sacrifié ? Est-ce que ce petit reposoir pour les pieds en business class compensera ce temps que l’on n’a pas passé à lire ou à discuter avec ses amis ou ses proches ? Je je serais étonné qu’une personne considère calmement cette question et me réponde droit dans les yeux « Oui, ça en valait la peine ».
Et si elle répond oui, on peut s’autoriser à penser qu’elle n’est pas dans un mode de vie extrêmement sain qui maximise l’épanouissement et le bonheur. Alors, bien sûr, ultimement, ça la regarde. Je le rappelle à nouveau, je ne possède pas de pouvoir psychique qui me permettrait de contraindre les choix des gens. On se calme, on respire.
Mais ce que je trouve dommage, voire triste, c’est à quel point on nous vend ce style de vie comme un modèle de réussite à atteindre dès le plus jeune âge, dans les magazines, dans les films, dans les médias, ce style de vie avec énormément d’argent, très peu de temps libre, et qui n’est égayé que par des dépenses compulsives et massives qui n’apporte au final qu’une satisfaction extrêmement fugace et limitée.
Alors que bon, si on y réfléchit 5 minutes, c’est un petit peu une arnaque, tout ça. Dit autrement, la société actuelle nous vend des rêves de très mauvaise qualité. Et le pire, c’est que les attentes créées par ces rêves de wish structurent les offres d’emploi, avec d’un côté des métiers extrêmement prenants et extrêmement bien payé, et de l’autre, des emplois à mi-temps précaires et mal payés, et de moins en moins de métiers entre guillemets normaux entre les deux.
Alors que ces emplois extrêmement prenants et extrêmement bien payés pourraient être fractionnés en deux ou trois emplois normaux avec un salaire raisonnable et une quantité de travail raisonnable. Qui va me dire que le travail d’un PDG multimillionnaire ne serait pas mieux fait par une équipe de 10 personnes qui serait juste très, très bien payé ?
Mais la bonne nouvelle, c’est que ça semble être en train de changer avec les nouvelles générations. Comme dit la source précédemment cité, on estime que d’ici 2040, près de 50% des médecins actifs de moins de 70 ans exerceront en tant que salariés, une tendance qui s’explique notamment par le changement des besoins des nouvelles générations, qui souhaitent entre autres un rythme de vie plus stable, quitte à avoir un salaire un peu moins élevé.
Oui, parce que bon, avoir un rythme de vie malsin et destructeur juste pour pouvoir s’acheter l’écran plat à 3000 € au lieu de l’écran plat à 1000 €, ça ne me semble pas être un super calcul d’un point de vue hédoniste. Et si ce qui est recherché, ce n’est pas le confort objectif que procurent ses achats, mais la valeur sociale qu’il projette, et bien c’est encore pire.
Qui va me dire droit dans les yeux que frimer avec sa grosse Rolex et sa voiture de sport est une stratégie pertinente pour combler le grand vide angoissant qu’il y a dans notre cœur ? Cet argent serait bien mieux investi dans une bonne psychothérapie pour analyser l’origine de ce besoin un peu nul de consommation ostentatoire.
Bref, que pensez-vous de tout ça ? Est-ce une bonne stratégie existentielle de convertir tout son temps libre en un max de thune pour pouvoir acheter des objets chers, ou est-ce que c’est un idéal toxique et trompeur que nous vend la société et dont on gagnerait à se défaire collectivement ? N’hésitez pas à le dire en commentaire.