La colonisation galactique est-elle une priorité ?

Imaginons que l’objectif ultime de l’humanité soit de coloniser la galaxie. Faudrait-il alors se lancer à corps perdu dans l’exploration spatiale dès aujourd’hui, en y investissant des ressources colossales, comme le préconise des gens comme Elon Musk ? Et bien, je pense que ce serait un très mauvais choix stratégique, et que si on patiente juste, disons, quelques siècles, soit un battement de sourcil à l’échelle de l’univers, on augmentera très largement les chances qu’il y ait un jour une société galactique plutôt qu’une humanité éteinte ou revenue à l’âge de pierre.

Bon, déjà, ce qu’il faut bien réaliser, c’est que coloniser la galaxie, ce serait vraiment un projet sur le très, très, très long terme, parce qu’on a une grosse limite très embêtante, qui est celle de la vitesse de la lumière. Et les planètes vaguement habitables, même en étant très peu exigeant, sont séparés de plusieurs années lumière.

En fait, si j’étais un bandeur de colonisation galactique, ce que je ferais, c’est ben de la physique théorique pour tenter de prouver qu’Einstein avait tort et qu’on peut voyager plus vite que la lumière, parce que si ce n’est pas le cas, ben les sociétés galactiques comme on en voit dans la plupart des films de SF, on peut oublier.

En gros, vu que ce serait société complètement morcelé par des voyages spatiaux absurdement longs. Imaginez d’un côté, il se passe énormément de trucs sur Terre en l’espace de quelques décennies, ne serait-ce qu’en terme de progrès technologique, et à côté de ça, on devrait se taper des voyages de plusieurs années pour se déplacer d’une planète vaguement habitable à une autre planète vaguement habitable. C’est un petit peu la misère, je trouve.

Pour maintenir une société galactique, il faudrait au minimum qu’on trouve un moyen de communiquer plus vite que la lumière. Et non, ce qu’on sait actuellement de l’intrication quantique ne résout pas du tout ce problème, même si ça fournit un travag indice de direction dans laquelle chercher. Sans cela, ben ce sera juste l’équivalent spatial de l’humanité à l’époque où il y avait juste de petites tribus éparpillé sur d’immenses continents qui pouvaient parfois se rencontrer, mais sans qu’aucune d’entre elles ait une vision globale de l’humanité dans son ensemble.

Dans ces circonstances, ça me semble très difficile de parler de société galactique ou de civilisation galactique. Bon, mais pour la suite, je vais être sympa et supposer qu’on a au minimum une technologie qui permet de communiquer plus vite que la lumière, à défaut de pouvoir voyager plus vite que la lumière.

Ben, vu qu’à cause de cette foutue limite de la vitesse de la lumière, ça va prendre un temps colossal, quoi qu’il arrive. Pour rappel, le diamètre de la galaxie, c’est plus de 100 000 années lumière. Vu que ça prendra un temps colossal, quoi qu’il arrive, donc est-ce qu’il ne serait pas plus avisé de déjà rendre notre camp de base terrestre euh soutenable sur le long terme ? Déjà, et c’est pas gagné.

Et ensuite, d’attendre d’avoir développé des technologies spatiales un peu moins préhistoriques que celle de la fusée. Au minimum, une fusée, juste pour rappel, ça nécessite de cramer des quantités colossales de ressources fossiles limitées pour envoyer dans l’espace une masse utile vraiment ridicule. On pourrait même s’amuser à calculer la masse utile totale qu’on pourrait envoyer en l’espace avec l’intégralité des ressources fossiles disponibles sur Terre. Ce serait sans doute pas grand-chose.

Et là, les spatiophiles vont me dire : « Mais voyons VLAN, nous allons trouver de nouvelles sources d’énergie transportable bien plus efficace d’ici là ! » Et oui, justement, c’est tout le point de cette capsule. Si on a un minimum de vision longterme, et je dis bien un minimum, on va d’abord essayer de développer de nouvelles sources d’énergie du cyber futur de mon cul sur la laomode.

À supposer qu’on y arrive, et ensuite, on s’en servira pour envoyer des gros trucs dans l’espace, plutôt que de cramer les énergies fossiles qu’il nous restent avec des fusées pathétiquement inefficaces. Et puisqu’on spécule sur des technologies incroyables qui n’existent pas encore, on pourrait aussi, je ne sais pas, essayer de résoudre le changement climatique, tant qu’à faire.

Parce que si la terre devient largement invivable, climatiquement, socialement et géopolitiquement, ben ça va pas vraiment nous aider pour les grands projets de colonisation galactique. Les gens qui veulent se lancer dans la colonisation spatiale le plus vite possible, ça me fait penser à un pêcheur qui serait essayer de traverser l’océan Atlantique à la nage, alors que son village de pêcheur est en train de cramer.

Il aurait de bien meilleures chances d’y parvenir en éteignant l’incendie de son village déjà, puis en prenant quelques années pour construire un bateau suffisamment grand. En faisant cela, il augmenterait largement ses chances de traverser un jour l’océan Atlantique, plutôt que de mourir comme un con avant parce qu’il était trop pressé de tenter la traversée avec ses petits bras tour rikiki.

Si on accepte l’idée que la colonisation galactique, à supposé qu’elle soit possible, sera dans tous les cas un projet de très, très long terme, alors on n’est clairement pas à quelques siècles près. La première étape serait déjà de rendre notre camp de base terrestre un minimum durable dans le temps.

Je veux dire, au minimum, qu’on ait pas la sensation permanente d’être au bord d’un précipice social, énergétique et climatique. Ce sera déjà un bon début. Non, et une fois qu’on aura atteint ce minimum vital de durabilité dans le temps, et c’est vraiment pas gagner aujourd’hui, alors on pourra investir des ressources dans le développement de technologie du cyber futur postquantique de l’espace mutant qui auront des chances non ridicules de permettre peut-être un jour une forme de colonisation spatiale.

Parce que c’est clairement pas en envoyant des pétards néolithiques dans l’espace qu’on va y parvenir. J’espère qu’on est tous d’accord sur ce point. Et le développement de telle technologie, dont l’issue n’est pas du tout garantie, serait un projet de très long terme qui ferait passer la mission Apollo ou l’accélérateur de particules du CERN pour de sympathiques projets d’étudiants en comparaison.

Et franchement, j’espère que l’humanité atteindra un jour un niveau suffisant de durabilité dans le temps qui ne soit pas un retour à l’âge de pierre, et où les choses iront suffisamment bien pour qu’il ne soit pas indécent ou suicidaire de consacrer beaucoup de ressources à un tel projet qui ne pourra potentiellement aboutir qu’au bout de plusieurs siècles.

Mais là, on en est loin. D’abord, on va essayer d’éteindre l’incendie de notre village de pêcheurs, et ensuite, on se demandera comment construire un gros bateau pour traverser l’océan Atlantique. Je veux dire, dire ça, c’est pas être un ludite antitechnologie, c’est juste de la rationalité basique.

Oh, et pour l’argument selon lequel le développement de technologie spatiale aurait plein de retombées technologiques positives sur la société, ben oui, sans doute, mais cet argument marche également avec n’importe quel objectif technologique très, très ambitieux, du genre essayer de résoudre ou de mitiger le changement climatique, par exemple. Oui, c’est moins glamour, mais il s’agirait d’arrêter de procrastiner à un moment donné.

Et pour être clair, je dis pas qu’il faut arrêter tous les programmes spatiaux existants, type NASA, hein. C’est très bien qu’il y en ait, mais la question ici, c’est quel pourcentage des ressources de l’humanité il est pertinent d’y consacrer dans l’état actuel des choses.

Parce que l’état actuel de l’humanité, c’est un peu un type criblé de dette qui vient de se faire virer de son job et expulser de son logement, et qui se lance dans des projets du genre escalader l’Everest en partie pour oublier tous ces problèmes.

Justement, et ce qu’on conseillerait tous à ce type, c’est de d’abord résoudre ces problèmes de base dans la vie : essayer d’avoir un logement stable et des sources de revenus régulières, et ensuite, il pourra se lancer dans des projets beaucoup plus ambitieux, du genre escaladeverest, ce qui demande au minimum une situation stable, des ressources financières et plusieurs mois de préparation.

Et c’est un petit peu ça que j’ai envie de hurler dans les oreilles des bandeurs d’exploration spatiale prématuré et de l’humanité en général. Voila.